Vu l’état et vu la couleur du ciel de ce matin, en plein mois de juillet, j’ai décidé que pour aller signer le compromis de vente de notre appartement, à 9h30, je vais m’habiller tout en gris. Je serai raccord avec l’ambiance de ce qui se passe dehors. Les rues sales après un mois de festivités alcoolisées non-stop n’incitent pas spécialement à se faire beau pour elles. Les nuages bas, lourds et gris ne donnent pas envie de porter des couleurs claires, joyeuses ou chantantes. Et le fait d’aller chez le notaire ce matin tout en ne sachant toujours pas si demain, nous pourrons signer l’acte authentique d’achat de notre futur appartement, ça m’occasionne de l’inquiétude, de l’anxiété et ça m’a un peu empêché de dormir.

C’est un jour décisif. Un jour qui devrait être un jour avec des bonnes nouvelles mais je ne sais pas pourquoi, je crains qu’elles ne soient pas à la hauteur de nos attentes. En fait, le début d’hier était maussade, le début d’aujourd’hui l’est encore plus et je ne suis pas sûr qu’on aille vers le bout du tunnel. Peut-être que si mais je préfère imaginer le pire plutôt que le meilleur et avoir une éventuelle bonne surprise plutôt que d’être trop déçu. Je suis un bilieux, quand on le sait, on comprend mon état d’esprit. Plein d’incertitudes, de doutes et de grisaille. De la grisaille que je pourrais prendre dans mes doigts pour la rouler. Et m’en faire une cigarette que je fumerai comme un pétard histoire d’oublier mes craintes.

Je vais donc m’habiller en gris : jeans, polo, chaussettes, slip et je vais changer de lunettes, pour prendre les plus sombres de toutes celles que j’ai. Et je ferai grise mine la plupart du temps, jusqu’à ce que je sache si notre dossier est bien arrivé à Poitiers et si le virement des fonds va être fait en suivant, dans la demi-journée. Je vais essayer de ne pas faire trop fonctionner ma matière grise et s’il le faut, je boirai du vin, en fin de journée, histoire de me griser un peu plus. Quand j’arriverai à cinquante nuances de gris, j’écrirai un livre dans lequel je déverserai toute ma bile. Et ça se vendra bien et je gagnerai de l’argent. Mais quelque part, je m’en fous un peu. Ce qui m’importe, là, tout de suite, maintenant, c’est d’avancer dans notre projet immobilier.