Ça m’a fait du bien, vous ne pouvez pas savoir combien. Ni comment. C’est pour ça que je suis venu le raconter car je n’ai que ça à dire, aujourd’hui. C’est l’événement du jour. Alors, allons-y puisqu’il ne sert à rien d’attendre du moment qu’on est parti d’un point A pour aller à un point B, comme disait la tortue. Tiens, à propos, que devient Christophe Willem ?

En gros, je me suis débarrassé de plein de toxines. J’ai vidé mon sac. Non pas que j’ai déversé toutes mes colères mal refoulées ni contre quelqu’un qui l’aurait mérité ni contre quelqu’un qui n’aurait fait que passer là par hasard, non. Quand je vois les rues de Bordeaux qui dégueulent littéralement de poubelles non vidées depuis près d’une semaine. À tel point, d’ailleurs, que d’ici deux à trois jours, si rien n’est fait, je me demande si je pourrai sortir du garage de la rue Ducru car ça déborde sur la chaussée déjà bien étroite. Mais chaque chose en temps utile. Pour l’instant, j’ai dit que si nous étions encore dans une journée d’action syndicale, je resterai tout amour au moins dans les paragraphes deux à quatre. Pour la conclusion, j’aviserai.

Je n’ai pas fait que vider mon sac. J’ai écrit les revendications de certaines catégories de travailleurs privilégiés et j’ai mis tous les bouts de papier dans un coin. Pas un grand coin, non, plutôt un petit. Je n’avais pas besoin de tant de place que ça, somme toute. En tout cas, c’était inversement proportionnel à l’importance qu’on voulait nous faire croire, dans les medias. Mais non, aujourd’hui, je ne vais pas écrire de façon fielleuse, je ne suis qu’empathie et pardon du bout de mes orteils à la partie la plus haute de mon crâne et de mes oreilles. Non, non, je compatis avec tous ces syndicalistes qui n’ont d’autres plaisirs dans la vie. Ça ne doit pas être facile tous les jours de ne pas avoir d’autres choses pour s’occuper.

J’ai évidemment eu une pensée particulière pour la gestionnaire de mon compte bancaire. La mère Pimprenelle. Évidemment, ça n’est pas son vrai nom, je ne me serais pas permis. Non pas par peur qu’elle tombe dessus un jour (comprendrait-elle seulement ce qu’elle aurait à lire ?) mais parce qu’elle pourrait être mal conseillée (un comble pour un conseiller de clientèle) et je n’aimerais pas me retrouver en justice face à elle, le procès prendrait trop d’années que je n’ai pas envie de perdre. Non, non. J’ai juste eu une pensée pour elle : un bouquet de fleurs, des roses fanées pleines d’épines ou un gros bouquet de houx et de chardons. Enrobé dans du fil de fer barbelé. Je suis désolé, c’est un cadeau à la hauteur de l’estime que je lui porte.

Et quand j’ai eu fini de remplir tous les petits bouts de papier sur lesquels j’ai choisi d’écrire mes rancœurs : les éboueurs de Bordeaux, les syndicalistes de tout le pays, les supporters et les jeunes alcoolisés permanents et je suis allé aux toilettes. Je me suis essuyé délicatement le derrière avec et j’ai tiré la chasse. Ça fait un bien, je ne vous dis pas. Un bien fou.