Y a des jours où j’me dis…

Qu’il vaut mieux se dépêcher de rire de tout plutôt que d’en pleurer. Ou mieux vaut en rire qu’en pleurer.

Je ne sais pas pourquoi mais ces deux citations me semblent tout à fait redondantes et curieusement, si elles ne sont pas de la même personne, elles sont de la même époque. À quelques quinze ou seize ans près. Comme Jean-Yves et moi, nous sommes de la même époque, mais là, à seize ans près réellement.

En ce moment, il y a de quoi se les tatouer sur la figure, sur le cœur et dans le crâne, ces citations comme autant de méthode d’auto-persuasion que tout va bien dans le meilleur des mondes et que tout va même très bien, madame la marquise. Car chaque jour apporte son lot de douleurs et de tristesses. Un jour chasse l’autre.

Se dépêcher d’en rire avant que d’en pleurer. En même temps, on pleure de chagrin et on pleure de rire. On n’a qu’à dire qu’on pleure parce qu’on est content quitte à passer pour des sans-cœurs et des cyniques. Sinon, vous trouvez qu’il y a de quoi se réjouir en ce moment ?

Y a des jours où j’me dis…

Que d’aller manifester au pied de l’appartement d’une ministre en exercice… bof, c’est moyen… Que d’oser publier une affiche mettant en cause la police française comme si elle n’était que violente… bof, c’est plus que douteux… Qu’on aille buter un commandant de police et sa femme, chez eux… ça n’a pas de nom…

Tout est triste, tout est désolant, tout est minable. Je ne vais pas dire que c’est à l’image de la météo. Mais tout est moche. Les rues de Bordeaux sont pleines de supporters étrangers qui ne font que brailler, gueuler, chanter, boire et vomir.

On aimerait appuyer sur un bouton pour faire pause. Ou revenir un peu en arrière. Revenir à un temps où on se plaignait que rien n’allait mais si on avait su, on se serait abstenu. Envie de certaines veilles pas trop tristes car j’ai de plus en plus de mal à croire aux lendemains qui chantent.

Voltaire et Beaumarchais l’ont dit bien mieux que tout le monde : l’un dans la bouche de Candide, en 1759 (pile deux cents ans avant ma naissance) et l’autre dans celle de Figaro, en 1775, quand il répond au comte Almaviva sur son optimiste permanent.

Pardon ? J’ai les yeux un peu rouges ? Non, ne vous inquiétez pas, c’est un courant d’air qui vient de passer. Allez, je vais me dépêcher de rire de toutes ces choses avant que d’en pleurer, moi aussi.