Il y a peut-être un moyen de gagner de l’argent facilement. Oui. Si je crée mon propre festival. Un festival comme on n’en a encore jamais vu. Un truc tellement original et fédérateur, si on en croit les manifestants (un peu moins si on en croit la police) que j’ai toutes les chances de toucher le jackpot. En effet, dans les affaires, il suffit juste d’être le premier. Et je pense que sur ce coup-là, non seulement je suis le premier mais je suis le seul, l’unique, le définitivement numéro 1.

Je vais lancer le premier festival de la contestation sociale. Ce sera un rassemblement estival dans lequel pourront venir tous les syndicalistes qui ont du temps libre, c’est-à-dire, tous, sans exception (il en faut du temps libre pour pouvoir faire des grèves à répétition) et le but de ce festival, quel que soit le temps, beau ou mauvais, ce sera qu’il ne s’y passera rien de particulier car tous ceux qui viendront seront en grève. C’est là qu’ils viendront passer leurs congés principaux.

Ça durera trois semaines, par exemple. Trois semaines pendant lesquelles ils pourront faire grève 24/24, émettre toutes les revendications du monde (à volonté, formule tout compris même si souvent, je me demande s’ils ont justement tout compris) et avec des activités de loisirs comme ils les aiment mais uniquement entre soi, dans un endroit qui leur sera réservé. Rien qu’entre eux. Un peu comme les parcs d’attraction, si vous voulez.

Le plus dur, ça sera pour y venir car aucun train, aucun avion ne pourra transporter les militants de chez eux au par cet à moins de venir en voiture (il faudra juste voir comment en repartir car le dépôt de carburant du festival sera bloqué). Ensuite, ça sera de pouvoir se rendre du parking obligatoire à l’endroit même des festivités car les bus seront en grève. Ce sera aussi de passer entre les poubelles pleines car les services de nettoyage refuseront de les vider.

Après, au niveau des activités, si les tenants des stands acceptent de travailler aux conditions du contrat qu’ils auront préalablement signés, il y aura des attractions diverses mais le summum, là où on risque de faire la queue, ça sera pour le stand des pneus. Chacun pourra venir manifester devant et les meilleurs en gueule auront le droit de brûler des pneus. En chantant devant. De façon un peu primaire. Et on leur servira des merguez et de la bière. Tout un programme.

Sauf si on n’a aucun moyen d’allumer ne serait-ce qu’un feu. C’est vrai, ça, on ne sait jamais. Si la branche dure des fabricants d’allumettes ou de briquets a débrayé, si ça se trouve, on n’aura plus que les silex à frotter entre eux pour avoir du feu et faire le brasier tant espéré. Le saint Graal des cégétistes. Pourtant ça serait dommage de ne pas profiter de cette activité que la planète aime tant. C’est vrai, ça, l’odeur des pneus brûlés, ça leur rappellera tant de souvenirs.

Après, au niveau de l’hébergement, il n’y aura pas besoin de construire des hôtels car tout le monde passera la nuit debout. À qui mieux-mieux. Et chacun pourra alors parler dans un souci et un besoin vital de démocratie. La parole libérée. Sauf pour ceux qui ne sont pas d’accord avec eux. Il ne faut pas déconner, non plus. La liberté de penser et la liberté d’expression oui mais pas pour tout le monde. En tout cas, il ne me reste plus qu’à lui trouver un nom, à mon festival.