Finalement, quand je suis sorti de cette espèce de léthargie dans laquelle j’étais tombé, j’ai vite repris conscience de la drôle de situation dans laquelle j’étais. Et la voiture s’est rapidement arrêtée. Le cœur battant plus fort que d’habitude, j’ai attendu quelques dizaines de secondes pour savoir ce qui allait se passer, ce qui allait m’arriver et j’ai entendu deux portières s’ouvrir et je n’ai donc pas été surpris quand j’ai entendu des pas s’approcher du coffre dans lequel j’étais très inconfortablement et mal installé. Ouverture, lumière vive et les deux silhouettes en contre-jour. Toujours avec leur costume-cravate, leurs lunettes noires et leur air un peu fermé. Ils m’ont sorti de là et je me suis retrouvé à moitié assis sur le bord du coffre. Là, les explications ont commencé.

« Alors ? » « Alors, je vous jure que tout ça n’est qu’un concours de circonstances. Oui, j’étais là pour être seul et je vous ai un peu entendus… » « Un peu ? » « J’ai tout entendu mais vous savez, je suis le premier à subir ces grèves, ces manifestations. Je suis le premier à ne pas aimer l’attitude de la CGT. Je suis le premier à m’en plaindre ouvertement dans les colonnes d’un blog que je tiens tous les jours. Sachez que je n’irai rien dire à personne de ce que j’ai entendu, je ne suis pas fou. En plus, je suis plutôt d’accord avec vous, il faut agir. Il faut que ça cesse. Il faut arrêter tout ça. J’ai même quelques idées si vous voulez… » « Quelques idées ? Voyons voir ça ! » « L’autre jour, justement, je me suis trouvé nez à nez avec une manifestation … » et je leur ai dit ma stupeur de ne voir d’abord que des visages cagoulés, masqués, camouflés…

Je leur ai dit qu’on devrait les asperger de peinture indélébile, ces casseurs qui ne veulent pas qu’on les reconnaisse. Il y en aurait bien un peu qui resterait sur leurs cheveux, sur leur front, sur leurs mains… Et j’ai même proposé qu’on les emmène au tribunal mais qu’on ne les mette pas en prison, non, j’ai suggéré qu’on les envoie faire la guerre en Syrie. Puisqu’ils aiment tout casser, qu’ils aillent tout casser chez Daesh. J’ai dit qu’on devrait respecter l’état d’urgence. Et à la fin, voyant qu’ils avaient vraiment affaire à un pauvre type, ils ont bien compris que je ne représentais aucune menace pour eux. Ils m’ont dit que c’était bon mais qu’ils allaient marquer le coup. J’allais devoir me débrouiller pour repartir de là, ils ne faisaient pas taxi. Je m’en foutais. Ça m’avait fait du bien de déballer mon sac. Et d’avoir l’impression que l’on m’avait peut-être entendu.

à suivre, éventuellement, mais pas sûr