Ce que je redoutais est arrivé, malheureusement, je me suis fait repérer. Pas pour avoir éternué, non. Pas pour avoir eu un hoquet, non plus. Mais parce que j’ai reçu un SMS de Sophie qui me demande si on peut déjeuner ensemble le lundi qui vient ou le suivant. Les deux hommes ont arrêté de parler. Ils se sont retournés vers le recoin dans lequel j’étais caché. Ils ont pris leur temps, me faisant espérer qu’ils n’allaient pas tenir compte de cet avis de message reçu. Mais fausse joie, le second est sorti lentement de la voiture, suivi peu de temps après par le conducteur de la Jaguar. J’essayais de me faire tout petit, même si je n’étais pas devant une poupée, comme l’a si bien chanté Brassens mais rien n’y a fait. Ils m’ont rapidement trouvé.

Sans dire un mot, ils se sont approchés tellement près de moi que j’ai cru qu’ils allaient me passer à travers le corps. Derrière leurs lunettes noires, malgré la pénombre, je sais qu’ils me fixaient sans mot dire. Je ne savais que faire. Je ne savais que raconter pour expliquer ce que je faisais là et surtout, leur assurer que je n’avais rien entendu, évidemment. Peine perdu, je le savais d’avance. Alors, j’ai attendu. Le second homme a tendu la main. Pas besoin qu’il me demande quoi que ce soit, j’ai tout de suite compris ce qu’il voulait. J’ai tendu mon téléphone. Il l’a happé et a rapidement regardé dedans. « On déjeune ce lundi ou le lundi suivant ? biz Sophie ». Il a tendu l’appareil à son collègue qui a lu le message, lui aussi et m’a demandé : « Qu’est-ce que ça veut dire ? » « Rien, monsieur, je vous jure, c’est mon amie Sophie qui me propose qu’on déjeune ensemble lundi qui vient ou celui d’après. » « Non, mais ça, on a compris, mais qu’est-ce que ça veut dire ? Qu’est-ce que vous faites là ? Vous nous écoutiez ? »

« Non, monsieur, j’étais juste venu là me cacher parce que j’en ai eu marre de tous les problèmes que j’ai en ce moment. Je ne savais pas où aller pour ne voir personne. J’avais envie d’être seul. Et vous êtes arrivés et je ne pouvais plus partir. J’aurais mieux aimé mais je ne pouvais plus… » Le premier homme m’a attrapé, je n’ai même pas cherché à résister et je les ai suivis tous les deux jusqu’à la voiture. Ils m’ont fait monter dans le coffre. Je n’étais pas de taille à me débattre. J’ai juste rapidement prié, un Dieu, s’il en existe un, pour qu’il ne m’arrive rien. De toute façon, ça n’était pas possible que je ne m’en sorte pas. Je n’avais rien fait de mal. Rien de répréhensible. Ils ont démarré et on est sortis du parking. J’ai cherché à comprendre où nous allions mais je ne sais pas pourquoi ni comment, je me suis assoupi. Trop de fatigue, sans doute.

                                                                                                                                                                                                                      à suivre