Dimanche. Onze heures. De retour du marché, je ne vais pas tarder à préparer mes asperges pour demain. Les faire cuire un peu à l’eau afin de les préserver au mieux. Et je vais couper les poireaux pour les mettre au réfrigérateur, histoire de bien les conserver eux aussi. Les fraises, je vais les mettre dans une boîte hermétique et le reste, sur le balcon. Même s’il est prévu qu’il fasse vingt degrés dehors, ça sera toujours moins chaud que dans l’appartement et surtout, plus aéré. Les légumes et les fruits aiment bien être à l’air libre. Ce sont des sauvages.

En même temps, il va falloir que je me dépêche à préparer la pizza du dimanche soir. Nous allons la manger ce midi. Exceptionnellement. Non pas parce que nous aimons vivre dangereusement mais parce que le syndicat majoritaire des ingrédients de la pizza du dimanche ont déposé un préavis de grève pour ce soir, dimanche, justement. Et comme j’avais tout prévu pour en faire une, si je ne veux pas que ça se perde, je vais devoir contourner ce débrayage annoncé en avançant le plat à une demi-journée. Ainsi, je n’aurais pas été perturbé par ce mouvement social.

Oui, parce que les feuilles de céleri, les poivrons rouges (normal, ils doivent être à la CGT) et les champignons de Paris ont décidé de ne plus se laisser faire. Donc, à partir de 18 heures, il ne sera plus possible d’en couper un seul. Pour un temps indéterminé. Quant à la pâte à pizza et la mozzarella, tous les deux membres du syndicat des aliments avec deux Z dans leur nom, ils sont solidaires des légumes. Il n’y a guère que la sauce tomate et l’origan qui ne font pas partie de la coalition. Donc, je vais me dépêcher d’aller préparer ma pizza avant que ce ne soit trop tard.

Dimanche. Onze heures dix. Je me garde encore cinq minutes pour écrire un billet dans mon blog. Parce que j’irai certainement au cinéma juste après déjeuner et ensuite, comme il fait très beau, j’irai sans doute faire un tour à pied ou à vélo. Mais pas à cheval ni en voiture. Et ce soir, je suis célibataire. Je mangerai une soupe, je prendrai un suppositoire et hop, au lit. Non, je plaisante. Il n’y aura pas de soupe. Enfin si, quand même un peu. Mais bon, peu importe. Peu vous chaut.

Je serai célibataire parce que le président dîne dehors avec Pedro. Ce dernier est à la maison pour trois jours. Il aime bien venir chez nous. Il s’y sent bien. Comme en famille. Un peu. Beaucoup. Et voilà, quoi. Un invité. Ça aurait été du plus mauvais effet qu’ils dînent tous les deux avec moi, ce soir car je n’aurais peut-être pas su bien leur expliquer le mouvement social qui présage de nombreuses perturbations en cuisine. Ils vont au restaurant. Il est possible que j’aie été invité, moi aussi, à y aller avec eux, mais je n’aime autant pas. Je préfère rester chez moi. Tranquille.