Je n’arrive pas à m’y faire et pourtant, c’est bel et bien la réalité qui nous entoure. Principalement dans l’hyper centre de Bordeaux. Et c’est une des raisons pour lesquelles nous avons décidé de déménager de là où nous sommes depuis plus de quinze ans, maintenant. Parce que non, ce n’est vraiment plus possible de subir cette hyper foule matin et soir et parce que non, ce n’est plus possible de voir dans quel état se trouve la ville, aux deux crépuscules de chaque jour qui passe et qui ressemble à celui qui le précède. Et toujours plus qu’hier et bien moins que demain. Comme on le gravait dans des petits cœurs, quand on était amoureux, jadis et naguère (peut-être même encore aujourd’hui) sauf que là, on ne parle pas d’amour mais de saleté.

Bordeaux est-elle une ville sale ou une ville salie ? Les deux, mon capitaine. Bordeaux est une ville devenue sale parce que les gens qui l’habitent ou la traversent ne font que la salir. Elle n’est pas naturellement dégueulasse, ce n’est que culturel. Anticulturel. Ça me désole. Rien qu’hier matin, en revenant du marché de la place Pey Berland, devant un immeuble du cours d’Alsace et Lorraine, des canettes de soda et de bière, des bouteilles vides étalées sur plusieurs mètres, bien contre l’habitation. Un peu plus près de chez moi, des dizaines de prospectus pour une soirée DJ Cracra qu’on a préféré laisser tomber sur le trottoir comme si c’était la meilleure manière de faire de la pub. On devrait pouvoir attaquer la boîte de nuit ou le club qui a organisé cette grosse teuf, à défaut de ceux qui ont jeté les papiers sur la voie publique.

Et, pour moi, le pire, c’est devant mon immeuble. Encore des jeunes (forcément) qui ont déjeuné de deux menus Mac Donald’s, se sont assis sur les marches du perron et ont laissé leurs deux sacs en plein milieu du trottoir et deux emballages de hamburgers jetés à terre. Sans doute est-ce normal pour eux de ne pas débarrasser la table. Sans doute ont-ils été pressés de monter sans payer dans un tram qui entrait en station. Sans doute pensent-ils qu’ils sont au-dessus des autres, ces autres, tout juste bons à ramasser leurs déchets. En tout cas, à quelques semaines de l’Euro, dont Bordeaux est participante, on parle de brigades spéciales pour que la ville soit propre. On doit dire merci au foot ? Parce que ça ne va durer que le temps de la compétition, je suppose. Eh bien non, je ne suis pas d’accord.