Je les ai attendus, ces huit à dix jours de vacances. Depuis septembre, lors de mon retour un peu prématuré des Sables pour raison de tempête, je n’avais pas pris un seul jour de congé et j’avoue que plus de six mois sans repos autre que ceux des week-ends, ça fait long. Long comme autant de jours sans pain. Long comme un amour espéré qui n’arrive jamais. Long comme un début d’éternité au purgatoire. Mais heureusement, ces « petites » vacances ont fini par arriver et m’ont permis de faire la coupure dont j’avais plus que besoin. Un gros besoin. Une grosse envie. Mais pas de celles dont les esprits salaces peuvent ricaner. Non, une véritable et inévitable exigence que ma tête et mon corps réclamaient.

J’ai compté la plupart des semaines, des jours et des heures qui ont précédé ce 29 avril dernier, que j’ai vécu comme un jour de libération avec le sentiment d’avoir un boulevard devant moi. Mais au fur et à mesure que les jours passent, surtout depuis jeudi dernier, j’ai l’impression que le boulevard s’est rétréci à vue d’œil. Qu’on est passé à une rue avant de déboucher dans une ruelle et que dès demain, j’entrerai dans une impasse dont je ne pourrai plus jamais sortir. Dans quarante-huit heures, je n’aurai plus d’autre choix que de retourner travailler. Je n’ai pas encore mon nombre d’annuités ni de trimestres, contre mauvaise fortune, je ferai bonne figure et bon cœur. Mais pas au point d’avoir la fleur au fusil.

Il me reste quarante-huit pour profiter de ce semblant de liberté qui m’est encore accordée. Comme un sursis. Comme si on m’octroyait une grâce alors que ce n’est que mon dû. Et j’ai d’autant moins le choix que je n’ai aucun moyen de couper à ce qui m’attend. Pas même de comité de soutien. Aucun recours ni légal, ni juridique, ni magouillé. Je n’ai pas les connaissances, le réseau qu’il m’aurait fallu pour ça. Et je ne peux même pas demander un mot d’excuse à mes parents, vu mon âge, ça ne serait pas crédible. Alors, monsieur mon patron, sachez que je serai là comme prévu. Mais que ce n’est pas aussi volontaire que ce que vous pourriez croire. C’est parce qu’il le faut. C’est parce que je le dois. Et parce que j’ai de l’honneur. Ce que je dois d’honneur ?