Dédé, c’est Dédé les gros bras. C’est moi. Parce que tout compte fait, je n’ai pas donné ma part aux chiens, hier soir. Déjà qu’il n’en reste plus qu’un. En tout cas, même si je ne suis pas aussi fort que Carlos, même si je ne suis pas aussi jeune que François, même si je ne suis pas une armoire à glace comme l’autre Stéphane, je pense avoir fait bien plus que ce qu’on attendait de moi. Non seulement, j’ai porté des choses avec les autres, quand il fallait être plusieurs mais aussi tout seul, à leur grand étonnement, parfois. Notamment quand certains objets étaient plus grands que moi (pas très difficile) et plus large que la longueur de mes bras (toujours pas difficile.)

En tout cas, outre la fatigue physique (il y a eu un ou deux moments où je n’en pouvais plus au point que j’ai cru ne pas pouvoir continuer mais je me suis repris à chaque fois. Je me suis repris en mains, mentalement et corporellement. En mains. Celles qui étaient au bout de mes gros bras. Les gros bras de Dédé. Parce que Dédé, hier, c’était moi. Et j’ai participé à tout : à bouger les meubles, à bouger de la vaisselle, à remuer des vêtements et du linge de maison, à transporter des sièges de jardin et même des éléments d’électroménager comme des réfrigérateurs, une machine à laver le linge, un congélateur sans oublier les deux sacs de ouate. Kilo de plume, kilo de plomb.

Si on compte l’autre Stéphane, celui qui est le jardinier des maisons de Biscarrosse, nous étions six mais que cinq à table. Il y avait Anne Sinclair, François Mitterrand, Carlos Saura, Jean-Marie Le Clézio et Stéphane Bern. Nous avons déjeuné en terrasse, sous le soleil et dans le vent, en alternance, en prenant notre temps et c’était bien sympathique. Et moi, j’ai continué de jouer Dédé les gros bras en buvant trois verres de vin rouge. Parce que c’était là, parce que c’étaient eux, parce que c’était moi. Je n’aurais peut-être pas dû. Ça m’a scié les jambes et après, j’ai eu un mal fou à faire repartir la machine. J’y suis arrivé mais au prix de quels efforts. Et j’ai dormi dans le camion, au retour.