C’est une habituée de l’échappée belle. Elle a le sens de l’art de la fugue. De la fugue éphémère. Du moins, jusqu’à ce dernier week-end où là, elle a sans doute voulu prendre un chemin de traverse et elle ne saura pas retrouver la route de sa maison. Il faut se faire une raison. C’est toujours ainsi que va la vie, avec son lot de mauvaises surprises, parfois.

Car cette fois, on aura beau taper dans les mains, comme nous le faisions, à chaque fois qu’elle était partie renifler dans tous les coins et tous les recoins de la forêt, à Biscarrosse, on aura beau taper dans les mains, on sait tous très bien qu’elle ne reviendra pas. Si elle n’a pas vraiment eu le choix de cette décision,  c’est ainsi que devait aller sa vie.

Elle va me manquer comme tous ceux qui partent. J’avais un réel faible pour elle. C’était ma chouchoute. J’aimais son caractère à la fois indépendant et très câlin. Très amateur de câlins. J’aimais la toucher, la caresser, la regarder droit dans les yeux et lui dire que je l’aimais et que je l’admirais. Que j’aimais sa silhouette et sa vigueur.

Finalement, elle aura abdiqué. Elle aura baissé les bras. Malgré tout l’amour qu’elle a pu recevoir depuis une dizaine d’années quand elle est entrée dans la maison de Talence, la première fois, puis dans celle de Biscarrosse et celle de Cabirol. Elle y aura été très heureuse. Certainement parmi les plus heureuses qu’il soit possible que la vie propose.

J’ai failli dire trop heureuse. Mais c’est juste en comparaison de tant d’autres qui sont bien moins lotis. On ne choisit pas sa famille… mais quand on tombe sur la bonne, sur celle qu’il vous  fallait… on oublie sans doute ses malheurs d’avant. Nell était une chienne battue, Claude l’avait recueillie et lui avait redonné goût à la vie. Jusqu’à lundi soir. Ainsi va la vie…