Des choses de quand j’avais environ dix-huit ans. À peine. C’est ça qui me trouble, c’est que ça me ramène à un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Et que je n’en verrai peut-être jamais le bout, de ces étonnantes surprises que je découvre au fur et à mesure que je classe, que je trie, que je vide. Préparer un déménagement en ayant décidé de faire l’inventaire de tout ce qu’on possède, ça apporte son lot d’émotions. Et son lot de trésors personnels. Sans grande valeur marchande mais attachés à tant et tant de souvenirs, d’instants vécus, de gens croisés voire aimés.

Nous avons continué de vider le bureau (la pièce) mitoyen de la chambre d’amis et il n’y a plus aucun meuble en bois clair là où c’était un « open space » surtout pour le président car moi, c’était principalement pour la détente, si j’avais un PC fixe, à l’époque. Pour écrire un peu. Pour surfer beaucoup. Il ne reste plus rien de tout ce qui encombrait l’œil quand on entrait dans la pièce. Maintenant, il y a un accès direct de la porte au balcon. Nous avons une vue intégrale sur la superficie de cette double pièce. Et je peux vous dire que ça fait bizarre, autant d’espace.

Comme quand mon bureau (le meuble) était envahi de papiers, de revues, de documents officiels et parfois de choses plus ou moins incongrues, j’avais l’habitude de dire qu’on ne savait même plus qu’il y a avait un bureau (le meuble) sous mon bordel, maintenant, je peux dire que jusqu’à ces jours-ci, on ne savait même plus qu’il y avait de l’espace autour de notre capharnaüm, copropriété et danse comprises. On s’aperçoit qu’on aurait pu vivre de façon plus allégée. Mais nous ne l’avons pas fait. Car nous n’avons rien vu venir. Jamais. C’était trop notre quotidien.

Parmi les trésors que j’ai découverts, il y a notamment tout un lot d’affiches et certaines, en plusieurs exemplaires. Et quand je dis plusieurs exemplaires, ce n’est pas une litote, c’est vraiment plusieurs exemplaires pour ne pas dire beaucoup. Des affiches des Piboliens (du temps des Pibolous – comprenne qui pourra), des affiches revendicatives contre le nucléaire ou la non-violence (même époque), celle d’un spectacle de Zouc à Niort (qui se souvient encore d’elle ?) avant que je quitte le domicile familial et celles de Sheila à l’Olympia, plus récentes mais pourquoi étaient-elles là ?

Celles de la fin des années 70 m’ont ému car elles témoignaient d’un temps on ne peut plus révolu. À jamais disparu. Un temps où j’étais bien jeune et plein de rêves et d’illusions. Un temps vers lequel il me sera désormais impossible de revenir. À jamais. On disait, quand j’étais petit, qu’impossible n’était pas français. Non seulement c’est français mais c’est aussi valable dans toutes les langues. En tout cas, toutes ces affiches, je les ai découpées deux par deux ou trois par trois. Découpées ou déchirées. Sans état d’âme. Il valait mieux ne pas en avoir. Sinon, j’aurais pu avoir des regrets.