Il paraît que le cerveau ne fait pas la différence entre un acte induit et un acte réellement effectué. C’est ce que m’avait dit mon homéopathe hypnotiseur à l’époque où il me faisait justement des séances d’hypnose. En gros, si on veut schématiser, ça veut dire que si quelqu’un fait de la musculation seulement sous hypnose, il n’est pas impossible que son corps finisse par changer légèrement à la longue. À la très longue. Le problème, c’est qu’en même temps que j’écris ça, je me rends compte que ça va sembler totalement incroyable. Comment faire pour vous le prouver ? Pour vous prouver que je ne dis pas que des bêtises ? On va prendre un autre exemple, plus adapté à la situation du jour : à 15h, une visite de l’appartement aura lieu. Donc, nous serons obligés de nous absenter. En temps normal, le lundi après-midi, je cuisine. Là, je vais faire autrement.

Je vais m’allonger sur le canapé et me mettre en autohypnose. Afin de ne pas me perdre dans mon emploi du temps de l’après-midi. Et quand je serai fin prêt, dans une demi-conscience (ou une semi-conscience ?), je me mettrai mentalement au travail. C’est-à-dire que je vais me suggérer l’idée que je suis en train d’éplucher les crevettes achetées ce matin avec un avantage non négligeable, sous hypnose par rapport à la vie réelle, c’est que je n’aurai pas les doigts qui vont sentir la marée. Ensuite, je couperai mes pamplemousses et mes avocats en morceaux et je mélangerai le tout et j’y mettrai une espèce de sauce cocktail et tout ça ira dans le réfrigérateur. Toujours de façon mentale, évidemment. Ben oui, puisque je serai en autohypnose. J’aurai les yeux fermés, les mains qui ne sentiront pas les scampi et je n’aurai même pas de poubelle à vider.

Ensuite, je me mettrai à la préparation théorique de mon plat de ce soir : des cuisses de canard entourées de légumes d’entre deux saisons : poireaux, pommes de terre, navets blancs, carottes et gingembre. Le tout cuira dans le four vapeur et là encore, je n’aurai aucun déchet à jeter puisque tout n’aura été fait que par la force de mon esprit. Pendant que j’y serai, je ferai une salade de fruits et je préparerai une crème à la fécule de maïs et à la rhubarbe. Comme ça, quand j’aurai terminé d’être dans un état cataleptique, je reviendrai à la réalité et je n’aurai plus rien à faire de mon après-midi si ce n’est de profiter de cette dernière journée avant la reprise. Sauf que… sauf que, ça ne marche pas. Les crevettes sont toujours dans le frigo en attente d’être épluchées. Idem pour les autres ingrédients. Comme quoi, cuisiner sous hypnose, ça ne nourrit pas son homme.