On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
- Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
- On va sous les tilleuls verts de la promenade.

Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !
L'air est parfois si doux, qu'on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits - la ville n'est pas loin -
A des parfums de vigne et des parfums de bière...

Est-on plus sérieux quand on en a dix de plus ?

J’aimerais revenir à cette époque, bénie et maudite d’entre toutes, où je menais une double vie et où j’étais capable de m’attacher au premier regard venu. J’étais en quête d’absolu. J’avais le monde devant moi, l’espoir à mes pieds et des envies d’amours éternelles, belles et romantiques. Je menais une deuxième vie en parallèle de ma vie principale, terrestre : je vivais des grandes histoires par procuration. À l’aide de mon stylo.

- Voilà qu'on aperçoit un tout petit chiffon
D'azur sombre, encadré d'une petite branche,
Piqué d'une mauvaise étoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche...

Nuit de juin ! Dix-sept ans ! - On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête...
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête...

Est-on plus sérieux quand on en a vingt de plus ?

Ces fous comme je les ai aimés ces êtres que je m’étais appropriés pour m’en alanguir, pour m’en morfondre et pour m’y croire encore et toujours. À chaque fois recommencée. J’ai aimé entendre mon cœur battre des chamades à me rendre idiot. Au point de penser que la vraie vie, c’était celle que je m’inventais. Je me suis construit des légendes connues de moi seul. Des aventures qui m’ont permis de continuer à tenir debout.      

Le cœur fou robinsonne à travers les romans,
- Lorsque, dans la clarté d'un pâle réverbère,
Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
Sous l'ombre du faux col effrayant de son père...

Et, comme elle vous trouve immensément naïf,
Tout en faisant trotter ses petites bottines,
Elle se tourne, alerte et d'un mouvement vif...
- Sur vos lèvres alors meurent les cavatines...

Est-on plus sérieux quand on en a quarante de plus ?

Pour ma part, hormis physiquement, j’ai vraiment du mal à penser que j’ai bientôt cinquante-sept ans. Dans ma tête, je pense que j’en ai nettement moins. Je ne vais pas exagérer en disant que je pense en avoir toujours quinze ou seize mais bon, trente ans voire quarante. Avoir été quadragénaire restera sans doute une des plus belles expériences de ma vie. Je la souhaite à tout le monde. J’ai aimé être en quarantaine.

Vous êtes amoureux. Loué jusqu'au mois d'août.
Vous êtes amoureux. - Vos sonnets La font rire.
Tous vos amis s'en vont, vous êtes mauvais goût. 
- Puis l'adorée, un soir, a daigné vous écrire !...

- Ce soir-là..., - vous rentrez aux cafés éclatants,
Vous demandez des bocks ou de la limonade...
- On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade.

Merci à Arthur Rimbaud pour son poème On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans. Et pardon de l’avoir tronqué de la sorte.