Il y a des fois, au bureau, je suis obligé de me boucher les oreilles et d’arrêter de respirer pour déchiffrer, d’abord et comprendre, ensuite, ce qu’un de mes collègues, préparateur de commande a bien voulu faire passer comme message à l’attention de tel ou tel vendeur. Et il y a des fois où c’est presque mission impossible. Je suis désolé, je n’y arrive pas. Et ce n’est pas de la mauvaise volonté de ma part, je vous le jure, madame la présidente. Oui, je dis ça au cas où je serais au tribunal mais franchement, je ne vois pas pourquoi.

Et ce matin, alors qu’un commercial a pris une commande, hier, pour un client sensible, pour ne pas dire chiant, on n’a pas pu honorer la ligne de turbot d’élevage car nous avons rencontré un problème de qualité sur l’arrivage d’hier soir. Et le préparateur en question, appelons-le Max, a jugé bon et utile de nous faire part d’un des commentaires dont il a le secret. Je vais vous le livrer de mémoire et vous pouvez me croire que c’est un véritable exploit de ma part. « Di me le quand tas besoin surtout si c’est vendu au pris pas cher comme sa je feurai le naisaisaire. »

Alors, comme à force de pugnacité, j’ai fini par devenir quasiment bilingue dans la langue de Max, je vous traduis la phrase : « Dis-moi quand tu as besoin, surtout si c’est vendu à un prix spécial, comme ça, je ferai le nécessaire. » Là, c’est la version corrigée en français à peu près correct. Après, comprendre le sens profond de la phrase, il ne faut pas non plus demander la lune. Pardon ? Hier, j’ai fait plein de fautes parce que j’avais perdu ma cédille ? Oui, c’est vrai mais la différence avec Max, c’est que moi, je l’ai fait exprès alors que lui, non.