Vous ne savez pas ce qui m’arrive ? J’ai perdu ma cédille et du coup, je ne peux plus écrire correctement aucun mot qui en comporte une. Alors, je suis obligé de biaiser (on dit que je suis un bon biaiseur mais il n’y a pas pire juge que soi-même) et d’écrire les mots concernés comme je peux, c’est-à-dire à la va-comme-je-te-pousse. Tu parles d’une épreuve pour un mec comme moi, plutôt attaché à la langue française et plutôt sensible à l’orthographe. Ça me fait mal aux tripes mais de toute fasson, je n’ai aucun moyen de faire autrement. Ma touche cédille ne fonctionne plus. Et c’est d’autant plus regrettable que j’avais justement écrit quelque chose avec plein de mots qui en avait une. Comme par hasard…

J’avais presque terminé d’écrire un texte qui parlait de trassabilité. Un billet conssu comme une nouvelle dont l’action se passait à Montlusson (j’avais hésité avec Alensson et Besansson… mais j’ai préféré Montlusson, je ne sais pas expliquer pourquoi, je peux juste vous confier que j’ai trouvé ssa un peu agassant car l’un ou l’autre, c’est bonnet blanc et blanc bonnet, couci et coussa..) et ça parlait d’un masson qui se servait d’une tronssonneuse après avoir été très énervé quand il s’est rendu compte que sa commerssante de copine lui avait fait un gros susson dans le cou : « Ce n’est pas grave, chéri, ça te fait comme un poinsson, en plus, dans deux ou trois jours, ça sera irremplassable et personne ne pourra rien soupssonner. »

À partir de là, je faisais une réflexion sur les traces qu’on peut laisser (là, c’est normal qu’il y ait deux « s ») mais je me suis vite aperssu que je tournais en rond, comme quand on descend un escalier en colimasson. Et je me suis aussi rendu compte que c’était un sujet casse-gueule. Alors, au moment même où je renonssais à poursuivre l’écriture de ce texte, j’ai finalement décidé que oui et je me suis rendu compte que j’avais perdu ma décille. Ça me décontenanssa très fort et j’ai vérifié qu’elle ne s’effassait pas par erreur mais non, elle avait bel et bien disparu. J’ai été très déssu et j’ai choisi d’abandonner cette petite nouvelle. Tout en annonssant cette information, je me suis servi un verre de curassao et je me suis fait la réflexion suivante : c’est chiant, hein, quand on change l’orthographe. La preuve par l’exemple.