Cette fois, on s’y met sérieusement. Je m’y suis mis sérieusement. Si jamais nous pouvons déménager d’ici fin juin, ce qui serait plutôt bien, il va bien falloir réduire le nombre de choses que nous avons de façon importante pour ne pas dire considérable. J’aurais pu dire importérable pour ne pas dire considérante, mais ça ne voulait plus rien dire.

Alors, depuis quelques jours, ça y est, je suis lancé dans le tri de mes affaires et surtout, de mes livres, des journaux, des feuilles et des cahiers que j’ai remplis d’un tas de trucs que j’ai écrits pendant plusieurs dizaines d’années. À l’époque où je n’avais pas d’ordinateur et où je noircissais du papier en veux-tu, en voilà. Un geste que j’ai beaucoup perdu.

Et hier, j’ai retrouvé des trucs que j’avais forcément oubliés. Parfois totalement, parfois, juste partiellement quand il m’arrivait d’y penser, c’était de façon subreptice et sans m’appesantir dessus. Je pense en particulier à ces nombreux hommages que j’ai pu rédiger pour des amis, des membres de la famille ou des collègues. Je ne me souvenais pas de tous.

J’ai aussi retrouvé des tas de lettres reçues et des copies de nombreuses lettres envoyées. À l’époque, on n’avait que ça comme moyen de se souvenir des choses : la photocopieuse. Et ces gens, à peine connus ou chèrement aimés, quand je vois tout ce que j’ai pu recevoir comme courrier et comme je n’étais pas en reste, j’imagine tout ce que j’ai pu envoyer.

Pour certains, quand un vague souvenir me revenait en mémoire, je chuchotais dans mon coin pendant le tri. Je me disais : « ah oui, je vois de qui il s’agit » ou alors « je ne sais plus qui c’est ». Ce n’est pas grave, de toute façon, ce qui a été oublié pendant des années peut rester dans les basses-fosses de ma mémoire, j’ai vécu sans ça, je peux continuer. Tant pis.

J’ai aussi retrouvé des documents plus officiels mais désormais totalement obsolètes. Je n’en ai plus l’utilité. Mais ça prouve que je suis vraiment conservateur, ce qui témoigne bien de ma peur de l’avenir puisque j’épargne beaucoup mon passé. J’en veux pour preuve toutes ces offres d’emploi de 2004, quand j’étais au chômage. J’ai retrouvé du boulot depuis, heureusement.

Alors, je trie, je classe, je sépare, je recycle, je jette, j’hésite, je dilapide, j’abandonne, je lourde, je soupire, je vide une étagère du bureau, je continue de trier, je chuchote, je m’interroge, je balance, je range, je mets dans des boîtes, je déchire, j’archive, j’entasse dans des sacs que je vais descendre dans la poubelle verte pour tout ce qui est papiers. Et je vais me laver les mains.