Un beau jour, car ce n’était pas une nuit, j’en suis sûr, puisque c’était tout à l’heure, vers 14h15, dans le tram, je ne m’étais pas endormi car soudain, j’ai vu l’aigle noir.

Je vous jure que c’est vrai. J’ai vu l’aigle noir. Évidemment pas celui de la chanson, il était bien trop jeune. J’aurais même dû écrire l’aiglon noir pour être plus proche de la vérité. Mais non, j’avais envie de parler de lui comme de l’aigle noir. Comme le successeur du grand aigle noir.

Celui-là n’a pas crevé le ciel et à peine venait-il peut-être de nulle part puisque je ne sais pas d’où il arrivait mais nous avons entendu le tram à la même station, celle de Mériadeck et lui, contrairement à moi, ne sortait pas du centre commercial, non, il est arrivé du côté du grand bâtiment de la Caisse d’Épargne.

En même temps, il aurait pu sortir du centre commercial par l’autre accès et arriver vers le tram comme si de rien n’était. Lentement, il marchait lentement. Tout en chantonnant un air que je ne connaissais pas. Et je n’ai pas compris tout de suite qu’il s’agissait de l’aigle noir.

Il a fallu que nous soyons tous les deux côte-à-côte dans l’entrée du wagon, près de la cabine du conducteur de la rame pour que je me rende compte de qui il était. Quand j’ai vu ses mains tournoyer autour de son Smartphone. Et de son casque.

Près de moi, un diamant à une oreille, dans un bruissement de rythmique d’un air qui m’était inconnu, il battait la mesure de ses mains, fines et longues, au bout desquelles il arborait des griffes royales. Et là, soudain, comme s’il avait fondu sur moi, je me senti happé, hypnotisé par le bout de ses doigts.

Il avait des ongles d’une longueur incroyable, probablement plus d’un centimètre pour chacun d’eux et ça lui faisait des serres comme celles d’un aigle, au jeune black. À l’aigle noir. Et j’ai pensé à Barbara.