Imaginons ce que serait notre vie sans un adjectif. Non, j’ai vraiment du mal. Parce que ça signifierait qu’on ne pourrait plus, entre autres, qualifier ce que nous souhaitons dire, ce dont nous voulons parler. Par exemple. Le film d’Étienne Chatiliez, La vie est un fleuve, sans adjectif, c’est nettement moins vendeur. Ça peut faire partie d’un poème mais ça n’a aucune portée visant à faire penser que c’est un film qui peut faire sourire. Parce que la vie est un fleuve, ça reste dans une neutralité qui n’aurait pas fait venir autant de spectateurs dans les salles de cinéma.

Un autre exemple, la Marseillaise. « Contre nous de la tyrannie, l’étendard est levé… » Si on ne prévient pas qu’il n’a pas de gland, l’étendard, l’image est nettement moins dans l’agression, dans le sang ou dans une forme de violence. « Entendez-vous, dans nos campagnes, mugir ces soldat… » Ces soldats, si on ne les qualifie pas, ils ne font peur à personne. Et un soldat qui ne fait peur à personne, qu’est-ce ? Un troufiotte ou au lieu d’être un troufion ? Oui, je sais, c’est moyen mais je n’ai pas encore récupéré de la semaine qui vient de s’écouler.

Et dans la publicité, c’est pareil. Voyez juste le spot pour prévenir les jeunes des méfaits de l’alcool : « Sans alcool, la fête est plus ! » Non seulement, ça ne veut rien dire mais en plus, ça peut même sous-entendre que la fête n’existe peut-être pas sans alcool. Parce que la négation, dans le langage parlé, elle est souvent mises aux oubliettes. Et « Perrier, c’est ! » Oui, d’accord, Perrier c’est, mais c’est quoi ? Sans adjectif, Perrier, finalement, ce n’est rien, tu le sais bien, le temps passe mais ce n’est rien…

Idem pour les chansons, tout d’un coup, elles perdent beaucoup de leur sens sans adjectif, et pas que les chansons d’amour. Qui a envie d’écouter « Le jardin » de Charles Trenet, jardin qui perd toute sa magie quand on ne sait pas quelle est sa particularité. Entendre Charles Aznavour chanter « Les plaisirs », vous, je ne sais pas mais moi, non merci. Et pour Sheila, de savoir que « L’école est », on reste un peu en suspens, ça ne fera jamais un tube. Non, moi, en vérité, je vous le dis, sans adjectif, la vie a moins d’intérêt quant à la littérature, n’en parlons pas.  

Là, nous sommes un dimanche alors si on supprime les adjectifs et que j’écris un billet pour dire comment je vois cette journée à l’heure du déjeuner, vous allez vite vous rendre compte que je suis et aussi un peu parce que franchement toute cette grisaille me rend. Et comme j’ai passé une nuit du coup, ce matin, j’étais un peu. Mais ne croyez pas une seconde que je sois. Non, ça va, si je me raisonne, je suis plutôt. Alors que sinon, je serais carrément. Bon, nous sommes d’accord, hein ? On va dire que la vie est. Et que demain sera.