C’est quand même vachement symptomatique, dès le lendemain du jour de l’an (peut-être même dès le 1er janvier), aux infos télévisées, on a rapidement et plutôt longuement parlé des jours fériés de 2016 car trois d’entre eux, et pas des moindres, tombent un dimanche. Un scandale, disent les syndicats. Une honte, disent les électeurs qui, du coup, se demandent s’ils ne vont pas voter Front National, lors du prochain scrutin. Une injustice de moins, vont crier les chômeurs qui, pour une fois, n’auront pas perdu des jours fériés irrécupérable pour eux. Il n’y a guère que les patrons pour s’en frotter les mains.

Mais dans quel monde vivons-nous donc pour que cette information soit à la une ainsi ? Bien sûr, pour moi, un jour férié, je ne sais pas toujours très bien ce que ça veut dire. Hormis le 1er mai, le 25 décembre et le 1er janvier, je travaille toujours les jours où les autres restent au lit et je ne fais quasiment jamais de pont car de toute façon, si le jour de fête tombe un jeudi ou un vendredi, comme je travaille le samedi, dans tous les cas, je suis le dindon de la farce. Et si le jour férié (hormis les trois cités plus haut) tombe un samedi, je travaille, je n’ai pas le choix de dire non. Ou alors, je pose une demande de congés.

C’est pour ça que ça me fait rire… euh, non, c’est pour ça que ça ne me fait pas rire, justement. Quand on entend les gens interviewés par la télévision dans la rue ou quand on leur demande systématiquement leur avis dans toutes les radios, quand on les entend se plaindre de la courbe du chômage qui ne s’inverse pas, que, à cause de ça, entre autres, ils votent Marine Le Pen et consorts et qu’en parallèle, ils se plaignent de perdre trois jours fériés sur 2016. Trois jours ? Que dis-je, au moins trois jours car du coup, c’est autant de ponts de deux, trois ou quatre jours qui sont perdus pour tout le monde.

Alors, entre les étudiants qui ne pensent plus qu’à faire la fête, entre les salariés qui ne pensent qu’à compter leurs jours de RTT, les jours fériés et les ponts pour l’année à venir, à poser leurs congés payés un an à l’avance et à regarder combien de fois ils vont pouvoir se faire porter pâles sur les douze mois à venir, une journée de gastro par-ci, un problème d’enfant malade par-là et, de temps en temps, pour varier les plaisirs et les alibis, un problème de voiture qui ne démarre pas ou d’incident ou de grève de transports en commun, je me demande comment on peut espérer une reprise de la croissance. Il faudrait déjà en avoir envie, non ?

En tout cas, tous ces esprits chagrins mais néanmoins paresseux (à moins que ça ne soit l’inverse) ne sont pas au bout de leur surprise car là, avec les œillères qu’ils ont dans leur cerveau, ils n’ont pas vu que le 1er janvier 2017 tombe aussi un dimanche, forcément, puisque c’est comme Noël, toujours. Alors, oui, bien sûr, enfin non, ça n’est pas un jour férié de 2016 qui sera perdu mais un jour férié de 2017. Ça n’entre pas dans les statistiques présentées par les medias. Et pourtant, on aurait pu. Et sachez aussi que le même problème, la même catastrophe nationale se reproduira en 2022. Je m’en fous, moi, je devrais être en retraite, à ce moment-là.