Est-ce que j’étais fan de toi ? On ne peut pas dire ça mais je t’aimais bien car tu sortais du lot. À une époque où j’étais adolescent, tu as fait partie de ceux qui m’ont ouvert un horizon même si je t’ai considéré comme un peu moins important que d’autres à qui je t’ai comparé. On a beaucoup parlé de toi, depuis quelques années, principalement parce que tu étais malade. Et la chronique de ta mort annoncée m’a un peu sidéré. On dit que c’est la vie. Tu devais partir en septembre, tu es parti en tout début d’année. Peut-être parce que tu n’as pas voulu vivre une autre année horrible comme celle qui vient de se terminer.

Avec toi, j’ai appris que s’il avait vécu, s’il vivait dans les années 70, au vingtième siècle, Rimbaud chanterait plus qu’il n’écrirait de poésie et avec toi, j’ai réalisé combien Marianne était jolie. Tu as su donner l’envie aux gens d’aller visiter le Loir et Cher et tu as donné une image du chasseur comme on ne l’aurait jamais imaginée, comme je ne l’aurais jamais imaginée, tout seul, moi, l’opposant radical à la chasse, que j’étais alors. « Et par-dessus l’étang, souvent, j’ai vu passer les oies sauvages… » Tu as su dire la réalité un couple de divorcés devant les impondérables de la vie quotidienne. D’accord, chez toi, les divorcés s’entendent plutôt bien,  ils ne se déchirent pas.

J’ai aimé partir loin d’ici, avec toi. J’ai apprécié faire l’inventaire avec toi. Même si j’ai connu le tien des années après que tu l’aies fait. Je suis triste comme quand on est triste après avoir perdu quelqu’un qu’on connaît un peu et qu’on aime bien. Finalement, tu es vraiment parti loin d’ici, toi. Sans nous. Ça fait partie de la vie. En tout cas, c’est ce qu’on dit. De toute façon, on n’a pas le choix, on fera avec et on fera sans toi. On s’y est déjà un peu habitué. Et j’ai une pensée pour ta pauvre Cécile et pour cette Laurette que tu nous as fait connaître. Et là, derrière la peine, un peu de colère. Comme une envie de donner un coup de pied dans la montagne.