On va partir de ce principe. Que pour une fois, s’il n’était pas une fois, y aurait-il alors eu des princesses au bois dormant qui pourraient se faire réveiller d’un simple et chaste baiser (à peine sur leurs lèvres fermées) par un prince charmant. Quand j’étais petit, j’aimais les contes mais ça n’était pas ce que je préférais. Je n’ai pas de souvenir d’histoire que me racontaient mes parents. J’ai des souvenirs de livres pour enfants que je lisais dans mon lit. Et en particulier, un soir, je lisais un roman adapté à mon âge, bien sûr et je suis tombé sur un mot que je ne connaissais pas. « Maman, ça veut dire quoi ? » m’entends-je encore lui demander. À moins que ça ne soit à papa que j’ai posé la question. Allez savoir, pour ce genre de souvenirs, on a toujours la mémoire qui flanche un peu. Ça fait partie de ce qu’on appelle les choses de la vie, c’est ça, oui.

J’ai toujours aimé lire et du plus loin qu’il m’en souvienne, j’ai toujours lu ce qui me tombait sous la main. J’ai d’autres souvenirs, dans les maisons de mes grands-parents maternels, à Saint-Maixent et à Fouras, il y avait des livres de poche de la collection du même nom et des romans à l’eau de rose. C’est à Saint-Maixent (mais aussi à Bécon-les-Bruyères, quand j’étais plus vieux car j’étais majeur, alors) que j’ai mes plus vieux souvenirs de ces livres au format de poche dont la tranche des pages était colorée en jaune, en rouge ou en orange. Peut-être en vert ou en bleu mais j’ai surtout les premières qui me viennent à l’esprit. Et les noms des auteurs et les titres de ces romans appartenant aux grands-parents ou à certains de mes oncles et tantes, ça me faisait rêver alors autant vous dire que quand j’ai pu les lire, je ne m’en suis pas privé.

Et donc, si je ne me trompe pas, c’est à Fouras que je suis tombé sur des petits romans d’amour très purs, très prudes mais si romantiques que même à douze ou treize ans, quand on était un enfant renfermé comme je l’étais, ça faisait rêver et je les ai dévorés. Et pour moi, là, soudain, les princesses étaient devenues des femmes sensuelles et les princes charmants, des séducteurs qui n’avaient de cesse de s’unir à la fin. Et moi, à chaque fois, j’espérais que le meilleur leur arriverait. Je n’avais pas encore compris que le meilleur leur arrive toujours dans ces collections-là. Alors oui, là, il y a cinq ou dix minutes, quand je me suis retrouvé devant l’écran blanc de la page Word de mon portable et que j’ai écrit cette phrase, qui passait par là, je ne pensais pas déterrer ces souvenirs de lecture de mon enfance et de mon adolescence débutante. Finalement, il n’a pas forcément été une fois pour moi quand j’étais petit mais quand j’ai eu entre douze et quinze ans, oui.