Aujourd’hui, c’est jour de fête. Pas pour tout le monde mais pour moi, oui. À cette (grande) occasion, j’ai choisi d’inviter quelques relations qui font plutôt bien dans mon carnet d’adresses. Je n’ai choisi que peu de personnes afin de ne pas encombrer mon environnement et parce que, ça me semblait plus cohérent avec le motif de cette célébration. Je vais donc vous présenter chacun d’eux, qui ont tous le point commun d’avoir le même prénom.

Tout d’abord, ce vieux Gorgon, ce vieux compagnon de ma fin d’adolescence, qui a bercé tant de mes nuits blanchies à force d’user mes yeux sur ses pages. Il est l’auteur de cette grande saga des Rougon-Macquart que j’ai lue intégralement trois fois. Une première fois dans le désordre. Selon ce que j’en connaissais de réputation et une deuxième fois dans l’ordre de leur publication : du premier au vingtième. Pas loin de 10 000 pages. Et une troisième fois, où j’ai tenté une lecture un peu plus analytique en notant tous les noms de personnages et tous les noms de lieux. En vue d’écrire un éventuel dictionnaire des noms propres dans les Rougon-Macquart. Je ne suis pas allé au bout parce que, entre-temps, j’ai quitté la région parisienne et j’ai perdu mes trois heures de lecture quoditiennes. En tout cas, je suis honoré de votre présence, chez maître. Mon vieux Gorgon.

Ensuite, je vous présente un homme double. Un homme capable de changer d’identité en moins de temps qu’il ne faut pour le dire et capable d’obtenir deux fois le même grand prix littéraire, le Goncourt, pour ne pas le nommer, alors qu’il n’en avait pas le droit. Mais quand on est capable de prendre un pseudo et d’écrire un livre qui mérite le même prix, une seconde fois, sans que personne n’y voie que du feu, c’est du grand art même si c’est un peu douteux quant à l’état psychologique de l’auteur. En même temps, on sait tous qu’on n’a pas la vie devant soi. N’est-ce pas, monsieur ?

Là, je vais vous présenter quelqu’un que je connais moins mais qui méritais d’être présent. Je m’en suis convaincu tout seul, chaque matin et chaque soir, pendant des jours et des jours. Chaque matin au réveil, c’était devenu une routine : dès que je posais un pied hors du lit, je pensais à lui en me disant qu’il se devait d’être là. Et pareil, chaque soir, au moment d’entrer dans le lit. Et il est venu et je suis d’autant plus content que ça prouve bien que quand on veut quelque chose, quand on s’en persuade, à force de se répéter que ça peut marcher, ça finit par arriver. Merci d’être venu, monsieur.

Dans son coin, là-bas, il y en a qui semble un peu isolé de cette petite bande. Lui, il est sage, il ne dit rien. Il semble très impressionné par l’assemblée, même réduite, que nous formons, en ce jour de fête. Il donne l’air (!!!) de quelqu’un qui ne serait pas à sa place, ici. Alors qu’il est réputé pour savoir animer les soirées, surtout celles pendant lesquelles on peut se déhancher sur une piste de danse. Jusqu’au bout de la nuit. Il me fait penser à un capitaine abandonné alors qu’il est tout proche de grands noms, un peu plus près des étoiles. En tout cas, sage comme il est, je pense qu’il mérite d’avoir des images, comme on en avait quand j’étais à l’école primaire. Coucou, monsieur…

L’avant-dernier invité de réception en comité réduit est un invité qui n’existe pas. Comme celui dont je parlerai en dernier. Mais je vais d’abord vous présenter celui-ci : il est de très bonne éducation. J’en veux pour preuve celle qu’il a reçue et qui a fait l’objet d’un témoignage mondialement connu grâce à son mentor ou son tuteur putatif : ce Jean-Jacques-là, qui n’était pas douanier et qui n’a jamais passé son code pour le permis de conduire. Reste à savoir si cet homme jeune a un nom de famille ou si nous ne connaissons que son prénom, j’avoue que là, ma mémoire me fait défaut. Je vous salue, Émile.

Enfin, pour la bonne bouche, si je puis dire, je vais vous présenter un autre personnage inventé, un homme italien, caricature positive de l’homme italien dans toute sa splendeur, entre deux âges, le cheveu et la moustache encore un peu noirs et le verbe aussi hauts que sont ses gestes quand il parle. Il ne fume pas, il ne pourrait pas fumer car il a toujours un sourire aux lèvres et ça serait dommage de nous priver. Et à lui, ainsi qu’aux autres que je viens de vous présenter, je voudrais dire un grand merci. Un grand merci de m’avoir rejoint pour cet anniversaire. Un grand merci à tous. Merci messieurs Zola, Ajar, Coué, Wandelmer et aussi à vous deux, Émile et monsieur Grazzi. Grazzi Émile. Si. Oui aussi.