Je ne sais si c’est parce que j’ai dû prendre un coup au moral ou si c’est parce que je suis fatigué mais je me sens proche d’une langueur morne, monotone, tristounette. Et pourtant, loin de moi les sanglots longs des violons de l’automne, il fait très beau, en plus de cela et je me suis habillé de bleu pour être assorti avec le ciel, par-dessus les toits, si calme. Et moi, trop calme, trop alangui, trop engourdi moralement, je n’ai envie de rien, là, maintenant, tout de suite. Alors, qu’on me laisse ne rien faire, là, maintenant, tout de suite. Qu’on me laisse dans mon état de mollesse quasi professionnelle. Si seulement, si seulement ça pouvait avoir un effet cathartique pour les jours à venir. Ces lendemains qui sont loin de chanter. Ou alors, le Chant des Partisans…

Je ne sais si ce ciel bleu cache des jours plus sombres à venir mais en tout cas, là, je me sens un peu à plat, incapable de faire quoi que ce soit, j’ai tout donné hier matin et en ce début d’après-midi. Je suis au bord d’une prostration que j’ai senti venir mais pas à ce point-là. Je n’imaginais pas être autant ramollo du bulbe que ce que j’avais pressenti en me levant ce matin, trois jours après et presqu’un mois après. Et cette douceur, dehors, ne me disait rien qui vaille pour en profiter, j’ai préféré rentrer me reclure comme certaines sont entrées en couvent, jadis et naguère sauf que moi, c’est aujourd’hui, là, maintenant, tout de suite et ça ne durera pas très longtemps car je sais qu’au plus tard, dès demain matin, je reprendrai mon petit bonhomme de chemin, à l’heure où blanchira la campagne. Pas la fleur au fusil et encore moins la fleur aux dents…

Je ne sais pourquoi je ne sais pas lutter contre cet état de délabrement que je sais éphémère. Heureusement que je ne tombe jamais dans le puits sans fond de la neurasthénie chronique car avec le temps, tout ne s’en est pas allé, à ce sujet, chez moi, bien au contraire, j’ai même tendance à mieux rebondir que quand j’étais plus jeune. Parce que j’ai plus de ressort, évidemment, peut-être un peu plus de sagesse. Mais je me rassure en écrivant ça, là, tout de suite, maintenant car la sagesse, chez moi, c’est comme une marguerite que j’effeuillerais en récitant la litanie des « un peu, beaucoup, passionnément » pour systématiquement terminer sur « pas du tout » et là, si vous me demandez « ça va, toi ? », c’est justement cette réponse-là que vous entendrez. Parce que je sens engourdi et pas que physiquement.