« On a entendu l’énorme colère des électeurs »

À chaque soirée électorale, à la radio ou à la télévision, c’est la même chanson, c’est le même refrain. Il y en a toujours un pour dire que le résultat donnant le Front National comme premier parti de France après celui des abstentionnistes n’est que le reflet d’une colère des électeurs, d’un ras-le-bol du système et d’un rejet de la classe politique actuelle, la même depuis des décennies, incapable d’évoluer et laisser la place à des têtes mieux pensantes. Et pourquoi pas plus jeunes, aussi… et surtout, des responsables venant de la vraie vie, de la vie civile et non pas seulement des grandes écoles.

Moi, je le dis carrément, tout de go, avec force mais aussi avec beaucoup d’inquiétude : ne laissons pas nos régions, pour l’instant, ni notre pays (peut-être bientôt) dans des mains qui ne le rendront pas meilleur, ni plus performant, ni plus égalitaire. Des mains qui ne le sortiront pas de la mondialisation, ni de l’Europe, ni de l’Euro. Qui ne le sortiront pas de la crise et ni de l’évolution naturelle des choses. Des mains qui sauront peut-être surtout nous faire peur, nous museler et nous donner des tapes sur le cul pour le moindre motif.  Je n’en veux pas de cette France-là. Parce que ça a commencé avec des mairies, ça va continuer avec les régions et qui sait jusqu’où ça ira.

Jusqu’où ça ira. Ça ira, ah, ça ira, non, ça n’ira pas justement.

J’ai de la peine et je ressens une honte de montrer une telle image au monde. Ce monde entier qui a fortement soutenu la France, le mois dernier, lors des attentats de Paris. Une France qui avait alors retrouvé un peu de couleurs, ses couleurs. Et voilà que depuis dimanche soir, on avait beau s’y attendre peu ou prou mais maintenant, délavées les couleurs, c’est la France de la grise mine. Celle des mauvais jours. Et tous ceux de cette classe politique qui ne veulent pas comprendre, trop préoccupés qu’ils sont à vouloir sauver leur fauteuil de ministre ou de député.

J’ai entendu dire qu’il y a du monde pour faire des procurations afin que dimanche prochain, lors du second tour, il y ait moins d’abstention. Encore faudrait-il que ce soit pour la bonne cause. Et pas pour donner les clés du pays de façon encore plus importante au F.N. J’aurais tant aimé ne pas avoir à critiquer cet état de fait, ne pas dénigrer l’extrême-droite une fois de plus mais non, je ne peux pas me taire. J’ai voté contre mon désir, dimanche dernier, trop craintif de laisser la voie libre au F.N. et j’ai refait un vote rose. Alors que j’avais dit que je ne le ferai pas. Mais j’ai succombé à mes peurs.

Je continue de chanter « Ma France » de Jean Ferrat (billet d’hier) tout seul dans mon coin. Et j’espère que quelqu’un d’autre m’entendra et m’accompagnera pour que nos voix soient entendues. De plus en plus fort. Et que ça débouche les oreilles de nos politicards afin que cette fois, oui, afin que cette fois, ils nous entendent. Vraiment.