Je n’ai pas compris pourquoi il y avait autant d’incompréhension voire de stupeur dans ses yeux. Et j’ai choisi de lui tourner le dos et de continuer mon chemin.

Quelques minutes avant, j’étais en train de maugréer contre des jeunes adolescents qui n’avaient pas la conscience qu’ils étaient des pollueurs sans gêne en me disant que si personne ne leur expliquait, ils risquaient de ne jamais changer. Parce que manger n’importe quoi, c’est leur problème mais jeter les emballages de leurs sandwiches dans la rue, non, ça, ça n’est pas bien du tout. D’abord, ça ne se fait pas. Ensuite, je ne vois pas pourquoi ils ne jettent pas leurs détritus dans une poubelle, il y en a tous les trente mètres, dans la rue Ste Catherine. Et enfin, c’est même dangereux car on peut glisser dessus, tomber et se faire mal.

Le regard un peu ahuri de ce SDF m’a encore un peu poursuit pendant quelques minutes. Le temps que je rentre chez moi. Et que je passe à autre chose.

Et si jamais ce n’était pas que de l’inconscience mais s’il y avait aussi une part de je-m’en-foutisme et de provocation de leur part. Peut-être ont-ils été élevés (ou ne l’ont-ils pas été) par des parents qui leur laissaient tout passer mais, encore une fois, ce n’est pas une raison. On ne vit pas tout seul mais bel et bien en communauté dans une ville, un pays, une terre qui appartient à tout le monde. Et pas à ceux qui s’en foutent et qui doivent penser que bof, de toute façon, quelqu’un ramassera leurs détritus pour eux car la ville ne reste jamais sale bien longtemps. D’un jour à l’autre, tout est nettoyé, jusqu’à la prochaine fois. Et un autre SDF a qui vu leur manège a voulu s’en mêler et leur dire qu’ils auraient pu laisser un peu à manger dans les papiers qu’ils avaient jetés.   

Et là, je me suis écrié : « Chacun doit balayer devant sa porte » en regardant celui qui était assis par terre avec son chien dans les bras. « C’est valable pour tout le monde » ai-ajouté. Sans réaliser que je m’adressais à un SDF.