Si ça se trouve, dans moins de deux heures, ma petite voiture sera vendue à un inconnu. Pas l’inconnu qui vous offre des fleurs dans la rue, comme ça, non, juste un inconnu qui a répondu à mon annonce sur le Bon Coin. Parce que comme j’avais décidé de changer de voiture pour des raisons qui me sont propres, j’ai tenté le coup, un peu forcé par le patron qui trouvait dommage de ne pas essayer. Parce que moi, pour m’éviter d’avoir à répondre à ceux qui en auraient voulu deux mille euros de moins, je trouvais l’offre de Renault plutôt correcte pour la reprise de ma petite Modus. Pas géniale, mais correcte. Et ça m’évitait certains tracas. Et normalement, j’aurais dû récupérer le Captur cet après-midi, dans une heure. Mais comme quelqu’un a mordu à l’hameçon de mon annonce…

J’ai donc rendez-vous tout à l’heure à Blanquefort, rue du maréchal quelque chose. L’inconnu en question veut la voir, ma voiture et l’apporter à son beau-frère qui est garagiste pour qu’il lui confirme si c’est une bonne occasion ou pas. Parce qu’il trouve ça bizarre, l’acquéreur éventuel, une Modus de mai 2012 avec moins de 15 000 kilomètres à ce prix-là. Il semble ne pas la trouver assez chère et s’imagine qu’il y a un lézard quelque part. Mais ça ne l’empêche pas d’avoir déjà essayé d’obtenir un petit quelque chose. Il faut donc savoir si elle n’est pas assez chère ou si elle l’est trop. D’autant qu’à moi, elle m’était chère. Je l’aimais beaucoup, sa couleur, sa réactivité et son système Bluetooth que j’avais fait rajouter quand je l’avais achetée. Enfin bon, tout à l’heure, je serai avec le monsieur inconnu et le patron qui m’accompagne car il aime ça, acheter et vendre des voitures.

Et là, je suis en train de me demander à qui je n’aimerais pas vendre ma chère petite voiture ? Eh bien, déjà, à quelqu’un qui sentirait l’alcool à plein nez. Parce que mon auto n’est pas habituée aux effluves de gnôle. Ensuite, à quelqu’un qui serait trop sale. En voyant son jardin ou sa maison, son éventuelle autre voiture, si tout n’est que capharnaüm et saletés partout, je trouverais un moyen poli de décliner. Mais le pire, pour moi, ce serait de la vendre à un djihadiste barbu d’origine syrienne classé S par les services secrets. Je sais bien que ma petite voiture est une bombe en soi mais quand même, il est hors de question qu’elle soit vendue comme ça à un barbare qui la voilerait aussitôt. Je lui souhaite une fin heureuse, à ma petite Modus. Une fin, je veux dire, une suite de vie heureuse. Qu’elle soit entre de bonnes mains. Du moins, je l’espère.