Combien pour ce chien dans la vitrine, ouaf, ouaf, ce joli p’tit chien jaune et blanc ? Combien pour ce chien dans la vitrine, ouaf, ouaf, qui penche la tête en frétillant…

Tout à l’heure, alors que je rentrais du boulot, hei hi, hei ho, j’ai été bloqué par une manifestation d’une retraitée en voiture entre la sortie du pont St Jean jusqu’à la rue de Cursol, c’est vous dire. Et si ça ne vous dit rien, pour celles et ceux qui ne connaissent pas Bordeaux, on arrive par le conservatoire, on croise l’église Ste Croix (pléonasme ?), on rejoint le marché des Capucins, on retrouve la Grosse Cloche par la rue du Mirail, on tourne à gauche sur le cours Victor Hugo et au bout, on continue légèrement tout droit sur la rue de Cursol. Ça fait aussi long que si on faisait de chez moi à l’entrée du pont Bacalan-Bastide (que les officiels appellent le pont Chaban-Delmas mais pas moi)…

Et là, coincé derrière cette manifestante, j’ai pris mon mal en patience, j’ai rongé mon frein (pas à main) et je me suis retenu d’en faire autant avec mes ongles (ceux de la main, cette fois) car franchement, alors qu’il n’y avait personne devant elle, j’étais obligé de la suivre à environ 15 à l’heure, en seconde, ce qui n’arrange pas ma voiture qui est une grande nerveuse, comme moi. Cette femme, devant nous, elle faisait un excès de prudence mais franchement, c’est abusé de rouler aussi lentement. Elle avait peur, sans doute. Mais peur de quoi ? Ou alors, c’était une opération escargot de sa part car elle a des problèmes de revenus ou des problèmes d’appartement ou des problèmes dans sa vie personnelle et elle a décidé d’en faire profiter tout le monde.

Du coup, elle aussi, ma voiture, s’est mise à vouloir se ronger les ongles mais comme elle n’en a pas, elle s’est abstenue. Et pour la calmer, je lui ai dit « regarde sur la plage arrière de la voiture (dont j’ai oublié la marque, d’ailleurs) » et là, tous les deux, elle et moi, nous nous sommes mis à sourire, oubliant notre agacement un instant et nous avons hésité à nous moquer mais non, nous sommes restés un peu émus devant ce petit chien qui avait la tête qui dodelinait mais pas vraiment de haut en bas ni de bas en haut mais carrément de gauche à droite et de droite à gauche. Comme pour nous dire que non, non, non, non, non, on ne passera pas, on n’ira pas plus vite tant que sa maîtresse en aura décidé ainsi.

Alors, on a attendu et au moment de tourner vers le garage de la rue Ducru, j’ai accéléré comme un animal qu’on libère, l’animal qui est en moi et, quand il conduit, qui n’aime pas qu’on lui dise non, non, non, non, non…