Nous sommes dimanche. Le premier dimanche du mois. Et comme tous les premiers dimanches de chaque mois, à Bordeaux, c’est journée sans voiture. Une initiative de monsieur Juppé, notre maire à tous. C’est bien parce que du coup, le centre, d’un point de vue assez large, il faut bien le reconnaître, le centre, donc, est interdit aux voitures et la ville est reconquise par sa population et ses visiteurs.

En effet, qui à pieds, qui à vélo, qui sur des rollers ou sur une patinette, qui sur ces maudites planches à roulettes extrêmement polluantes (d’un point de vue sonore, s’entend), qui dans son fauteuil roulant, j’en passe et peut-être des meilleurs, tout le monde se déplace au gré de sa fantaisie sans être incommodé par le bruit et l’odeur des véhicules à moteur. Le bruit et la fureur…

Sauf si on est résidant du-dit centre (en gros, si on est du-dit-centriste) et alors là, il faut montrer patte blanche et avoir le macaron qui permet de profiter de ce privilège d’être quasiment le seul véhicule par heure à rouler dans ce large périmètre. Comme si la ville nous appartenait.

Cela dit, je trouve qu’un seul dimanche par mois, c’est peut-être bien, mais y a mieux, encore. Deux dimanches, trois dimanches, quatre dimanches, pourquoi pas ? Et aussi chaque samedi et chaque lundi. Et pourquoi pas non plus chaque mardi, chaque mercredi et chaque jeudi. Et pendant qu’on y est, englobons chaque vendredi et faisons les mois sans voiture. Et les années sans voiture. Et les villes sans voiture. Et les pays sans voiture.

Finalement, nous ne serions pas les précurseurs si nous adoptions cette politique du « tout sans voiture », il suffit de regarder les autochtones des îles où il n’y a pas de voiture, les naufragés sur les îles désertes et les habitants de certains villages dans la forêt amazonienne. Sans voiture, on peut vivre. Pas forcément bien mais on peut vivre quand même. Donc, le Grenelle de l’Environnement, tout ça, c’est de la langue de bois et du copiage sur les voisins.