C'est bien plus souvent qu'on ne peut le supposer que les choses les plus incroyables arrivent dans la vraie vie comme si c'était dans un film. Il en est de même bien sûr pour les rencontres. Celles qui peuvent aller jusqu'à bouleverser votre vie, vous retourner comme une crêpe et vous laisser pantois le temps de comprendre ce qui vous arrive. Alors, votre cœur bat la chamade, vous avez l'air niais et vous vous demandez si vous n'êtes pas en train de rêver. C'est pour tout cela qu'on dit alors que l'affection dépasse la réalité.

Il suffit simplement de croire et d'accepter l'idée que la personne que vous allez rencontrer, et bien, ce sera peut-être elle.

Et c'est certainement ce qui m'est arrivé, ce jour-là  aujourd'hui alors que je ne me doutais de rien en prenant place (numéro 23, voiture 15) dans le TGV 8436 qui devait me conduire de Bordeaux à Paris-Montparnasse où je devais passer une soirée à l’Olympia, soirée qui devait rester à jamais gravée dans ma mémoire sauf si j'attrape le rhume d'Alzheimer en devenant vieux et que ce souvenir disparaisse l'espace bref mais concis d'un éternuement.

Elle est arrivée peu de temps après moi, cette dame. Très belle. Très élégante. Superbe. Une espèce de Catherine Deneuve mais en plus mince, moins blonde et plus jeune. Presque son contraire, quoi... Et le voyage commença. Et j'ai plongé le nez dans mon bouquin. Et régulièrement, je ne pouvais m'empêcher de jeter un œil  vers elle, absorbée dans la lecture d'un magazine que je devinais féminin.

Nous avons fini par arriver à Paris Montparnasse, terminus du train, tout le monde descend de voiture, assurez-vous que vous n'avez rien oublié dans le train et nous espérons que vous avez effectué un bon voyage.  Je suis descendu sur le quai, elle ne regarda pas du tout vers moi. Je m’apprêtais à sortir de la gare, elle s’est dirigée vers les escalators qui menaient au métro.

Nous ne nous sommes pas du tout parlé, nous n'avons pas échangé un seul regard : chaque fois que je l'ai observée, elle lisait et si tant est qu'elle a jeté un coup d’œil dans ma direction, je ne m'en suis pas rendu compte car je lisais ou je regardais le paysage défiler. Nous n'allions pas au même endroit. Nous ne nous reverrons sans doute jamais plus. Si ça, ce n'est pas un moment extraordinaire dans une vie, je ne vois pas ce qui pourrait en être un. Il suffisait d'y prêter attention, c'est tout.

Oui, je sais, c'est affligeant. Mais c'est parce que l'affliction dépasse la réalité.