Je ne sais pas pourquoi mais dès qu’il s’agit de manger, que ce soit dans un restaurant ou chez des amis (ou avec des amis, chez soi), on a tendance à faire comme si on voulait s’excuser. Comme si on voulait minimiser les choses. Peut-être tout simplement pour attendrir les convives ou les clients et s’entendre dire : « mais non, c’est vachement bon » ou encore « ah ben dites donc, ça n’est pas rien, ça a dû vous prendre du temps… » En fait, on a besoin de se justifier. On a besoin d’exister en essayant de passer modestement pour un héros.

Et là, comme pour en rajouter une louche, la femme du patron ou votre conjoint annonce : « ça lui a pris au moins une heure minimum. » Comme si le fait de dire « au moins une heure », ça ne suffisait pas et qu’il fallait insister avec « minimum ». Est-ce pour se faire plaindre ? Est-ce que c’est parce que les autres pensent qu’on est idiot et qu’on ne peut pas comprendre avec une seule fois « au moins «  ou une seule fois « minimum » ? Ça, ça a tendance à m’énerver car ça arrive souvent. Au moins tous les jours minimum, dans les medias et/ou au travail.

C’est comme Cambadélis qui annonce les résultats du référendum du Parti Socialiste, il y a quelques jours (comment ? Vous ne vous en souvenez pas ? Mais à quoi pensez-vous donc ?), je ne sais plus ce qu’il a donné comme chiffre mais mettons que c’était 13 024, vu que le résultat exact, c’est comme le référendum, on s’en fout un peu : pourquoi s’obstiner à dire treize mille zéro vingt-quatre quand c’est 13 024 ? On sait bien que si on ne prononce pas le zéro, ça fait 13 024 sinon, ça fait 1 324. C’est drôle, cette manie de vouloir enfoncer le clou avec un zéro, presque systématiquement.

Revenons aux restaurateurs et aux hôtes qui reçoivent chez eux. Alors voilà, on vous sert l’apéritif avec quelques mises en bouche et on s’autorise à vous les présenter en les minimisant : « je vous ai fait des petites bouchées à la reine avec un petit mélange de saumon frais, de crème et d’herbes diverses. Ah oui, j’ai aussi mis un petit hachis d’échalotes. Et à côté, vous avez une petite vérine avec des moules au chorizo et une petite crème à l’oignon. Et vous avez des petites cuillers et une petite serviette en papier petit rose en cas de petit besoin…

Pour l’entrée, je vous ai fait un petit carpaccio de dorade avec des petits brins de ciboulette, des petits morceaux de gingembre et un peu de citron vert. Après, vous aurez une petite pintade aux petits choux de Bruxelles et aux petits lardons et comme dessert, une petite crème à la pistache avec ses petites framboises. J’aurais pu vous faire un gros tartare de betterave avec des grosses gousses d’ail et des gros tas de fromage frais pour vos grandes gueules mais comme je n’oserai jamais vous le dire, on va rester sur le minimum. Au moins.