Je me souviens très bien de ce rendez-vous imaginaire que j’ai évoqué dans le billet d’hier. Je me souviens très bien que j’avais à peine un peu plus de vingt ans. J’étais dans mes illusions les plus intenses, je pensais que Paris m’attendait à bras ouverts mais il ne m’a pas pris dedans. Pas comme dans la chanson. Et j’avais imaginé que je serai le grand écrivain de la fin du siècle dernier. Et si le siècle dernier a bien connu une fin digne de ce nom, il n’en fut pas de même pour moi car personne ne sait qui je suis. Et pour le plus grand écrivain d’une fin de siècle, c’est un peu dommage. J’ai même envie de dire que ça fait un peu désordre.

Et pourtant… et pourtant…  comme on le dit dans une autre chanson, et pourtant, ça n’est pas faute d’y avoir cru moi-même. Ce n’est pas faute de les avoir usés, mes bouts de doigts à les faire se cogner dans les lettres de ma machine à écrire qui faisait plein de tac, tac, tac, tac, tac, ding. Et combien je me suis pris au sérieux en écrivant tous les jours. Chaque jour de ma vie d’alors était dédié à beaucoup de pages noircies. Et pourtant, je l’ai bien rencontré dans mes rêves, le héros du livre que je n’ai pas écrit. À peine commencé. Quelques courts chapitres mais comment reprendre une œuvre inachevée près de trente-cinq ans après. ?

Comment rester dans la fraîcheur de ma jeunesse d’alors ? Comment faire pour être dans ce tout début des années 80 ? Comment faire pour être au début du règne de François Mitterrand tout en sachant comment la société et la vie politique ont évolué depuis ? Je ne peux avoir que des regrets et des arrière-pensées mais après tout, que voulez-vous que j’y fasse. Il n’était pas écrit, contrairement au titre d’une encore autre chanson et à celui de ce blog, il n’était pas écrit que je sois destiné à une carrière littéraire de haut vol. J’en suis là, aujourd’hui. La nostalgie est toujours ce qu’elle a toujours été pour moi, un peu comme une valeur refuge. Dans laquelle je peux me complaire, parfois.