Le rendez-vous a été fixé dans un café près de chez moi. Je suis arrivé le premier, comme de bien entendu. Mon impatience me fait perdre la tête. Mais je fais semblant de rien. À condition qu'il ne soit pas en retard, il me reste une heure à perdre. Une heure à fumer cigarette sur cigarette. Une heure à préparer des discours qui finiront dans le cendrier. Tout compte fait, il ne va rien se passer dans tout ce temps. Cette interminable attente.

"Il y a longtemps que tu attends ?" "Non, à peine cinq minutes." Le cendrier me montre du doigt : menteur !

Maintenant qu'il est arrivé, en face de moi, je commence à découvrir ce qui m'entoure depuis une heure. Je ne peux m'empêcher d'observer les clients au comptoir, les jeunes là-bas aux jeux vidéo, les miroirs publicitaires aux murs et, à ma droite, un tarif de boissons "pilote." Cet endroit est vraiment sans intérêt, d'une neutralité et d'une banalité en total décalage avec ce que je suis venu chercher et ce que je ressens. Nous sommes ensemble, tous les deux, enfin. Je suis en face du héros du livre que je veux écrire.

"Pourquoi ?" En pleine figure. Je ne retiens que cette interrogation. Je n'ai pas entendu ce qu'il a dit auparavant.

"Pourquoi quoi?" Si c'était pour lui répondre cela, j'aurais mieux fait de me taire. Ma question à sa question est idiote.

Finalement : "Pourquoi pas..."

Quelle insolence ! Il est décidément très bien. Vraiment.Je lui propose Montsouris ou le Vert Galant. Vérone ou Varsovie. Et aussi... "Eh bien, il y a le choix !" dit-il avec le sourire en un clin d’œil. "Oui, le choix de vivre." 

Ce n'est pas permis à tout le monde. Et je l'ai suivi quand il m'a proposé d'aller chez lui.

Il a plu le reste de la journée.