Je l’ai toujours dit, je suis plus à l’aise pour vendre depuis un bureau qu’en déplacement chez les clients. Pour vendre ou pour négocier des achats, d’ailleurs, peu importe, à vrai dire. Et si j’ai fait des étincelles dans ma vie professionnelle passé, celle d’avant les poissons, c’est parce que justement, protégé par mon bureau, mon ordinateur et mon téléphone, j’ai presque envie de dire que tout me réussissait ou presque. J’aurais même vendu du lait à une vache, si j’en avais eu comme cliente. Et si j’avais été dans les produits laitiers.

Non, j’ai surtout fait de la gestion de stocks et des achats. Tout en ayant un œil dans la vente. Et un pied. Histoire de ne jamais perdre la main. De toute façon, pour les gros marchés annuels ou les nouveaux clients à fort potentiel, j’intervenais toujours en guest star. Pas celui qui fait ça tous les jours, non, non, celui qui vient exceptionnellement et qui n’est là que pour assurer les arrières, renforcer celui qui est venu vendre et qui a eu besoin d’aide. J’étais le secouriste. Le vétérinaire pour la vache dont je parlais plus haut.

Et dans les achats, il ne suffisait pas seulement pour moi de négocier des prix. Il fallait aussi négocier les « terms and conditions » (T&Cs) et là, j’avoue que je me suis éclaté. Je me souviens de ces négos annuelles quand j’étais dans la distribution : OK, je stocke pour vendre et je prends des risques sur certains produits nouveaux mais tu me les reprends s’ils ne sont pas vendus dans six mois. Et pour tous les trop vieux stocks, tu m’autorises un pilonnage officiel. Et des reports de délais. Et des annulations. Et du prix rendu et non pas départ.

Tiens, pour illustrer mon propos par l’exemple, la fameuse vache rencontrée dans les deux premiers paragraphes : « allo, madame la vache, bonjour, ici c’est Struzzo, je viens vous proposer de m’acheter du lait. Je vous assure qu’il est de bonne qualité. D’ailleurs, pour vous rassurer, je vous propose le lait nouvelle conservation dans un nouveau conditionnement pis encore dans une version allégée mais bio afin de coller à l’air du temps. Un lait qui a le goût de lait. Vous allez voir, vous allez faire un malheur avec ça. Ça va se vendre comme du petit lait. »

On a signé les accords commerciaux comme dans du beurre et on a déjeuné ensemble, un déjeuner d’affaire afin de se remercier mutuellement et de se faire croire qu’on est copains comme cochons même si on n’a pas gardé les moutons ensemble. Il n’empêche qu’au moment du dessert, madame la vache m’a posé une question délicate. Celle du mode de règlement. Comme j’étais dans un bon jour, je lui ai demandé ce qui l’arrangerait : « par traite ». J’ai dit oui. Avec un petit sourire en coin.