Y a des jours où on aimerait être une petite souris. Enfin, juste le temps des sempiternelles réflexions limite idiotes des gens qui nous entourent et en particulier des gens avec qui on travaille, ces chers collègues. Tiens, par exemple, l’autre matin, lundi en huit, alors que je venais de sortir de la voiture, encore en pleine nuit, avant le petit matin, je suis allé dans mon bureau et je suis allé saluer deux collègues en train d’acheter en criée via Internet et je me disais que c’était paradoxal mais pourtant bien vrai : le plaisir de retrouver (certains) collègues et la chienlit des éternelles mêmes questions : ah Stéphane, t’es revenu de vacances ?

Non, j’y suis toujours mais j’ai voulu voir si de revenir me donnerait envie de revenir pour de vrai. C’est juste un test. Et comme ça, je vois si vous allez bien et vous, vous voyez que je vais bien et donc, ça m’évite de vous envoyer une carte postale même virtuelle. Tu parles, Charles, même pas en rêve, la carte de bons baisers des Sables pour les gens du bureau. Faut pas pousser le patron dans les orphies, non plus. Non, non, chacun chez soi et les moutons seront bien sous les meubles. Moi, je suis là pour bosser, pas pour faire du relationnel. Juste un peu besoin qu’on m’aime bien. Plus. Qu’on me préfère. Mais sans plus.

Et donc, j’ai échappé au pire avec les deux qui étaient là avant moi, Kiki et son bras droit, pas tout à fait au point, son bras droit un peu gauche, à vrai dire : juste bonjour, c’est tout et ça s’est bien passé oui merci. Ça fait plaisir un petit mot gentil un peu au-dessus des conventions. Tout simple mais efficace. Mais l’autre, un prénommé Pierre, un gars de presque mon âge, à peine un regard quand nous nous sommes serré la main. Un sourire aurait été bienvenu. J’ai eu l’impression d’être revenu le lendemain de la veille. Mais pas deux semaines après. Finalement, pour lui, je ne suis qu’un meuble. Ce qui est commode, tout compte fait. Ça m’évite les questions que je redoute.

Mais ça n’a pas duré, la tranquillité et la sollicitude à la fois bienveillante mais limite sournoise et moqueuse de ceux qui me demandaient si j’étais content de revenir bosser. Et si ça s’était bien passé. Et tout et tout. Finalement, je râle, mais je me sens un peu vivre quand même à travers ces banalités. Au boulot, il m’en faut peu. Mais je me suis aussi rendu compte d’une autre chose qui m’énervait : c’est de répéter dix fois la même chose depuis le matin. Et encore demain pour celles et ceux que je n’aurais pas vus ou entendus au téléphone aujourd’hui.

Alors, je pense que quand on rentre de vacances, c’est comme quand on revient de chez le coiffeur : « Salut, tiens, tu t’es fait couper les cheveux ? », je crois que le mieux, en tout cas en ce qui me concerne, c’est que dorénaprès, j’organiserai des conférences de presse. Du style : Stéphane rentre de ses congés d’été, pour toute question relative à son retour, une conférence de presse aura lieu tel jour à telle heure, merci de venir avec vos questions. Déjà, je suis allé chez le coiffeur avant de reprendre le boulot, j’ai déjà gagné ça.