Ça y est, je crois que je sais ce que je suis. Je l’ai appris ce matin. Et j’en remercie mon nouveau directeur, celui qui sent trop fort le parfum. Si fort que j’en arrive à regretter les odeurs de poissons morts que nous avions ici, avant son arrivée. Même quand il n’est pas là, comme le samedi matin, ça sent encore son eau de toilette de la veille. De la semaine passée. Un truc à vous soulever le cœur et à vous faire vomir. Mais je suis un cas isolé car les autres, même s’ils ont plus ou moins remarqué qu’il mettait beaucoup de parfum, semblent ne pas en faire de cas. Alors, soit ils aiment bien et ils ont très mauvais goût, à mon avis. Soit ils s’en foutent car eux-mêmes sentent très forts mais ça m’étonnerait, je l’aurais déjà senti moi-même puisque je suis très sensible du nez. Tout comme je suis très sensible des oreilles, le moindre petit bruit m’agace très vite. Et du sexe. Le moindre attouchement me provoque des réactions qui sont totalement hors de sujet, aujourd’hui.

Je suis un ancien migraineux ou plutôt, un migraineux en cours de repentir. En effet, j’ai souffert de migraines régulières et parfois violentes pendant près de quarante ans et ça ne fait pas très longtemps que ça commence à aller mieux. Probablement que l’âge, l’hypnose, les séances avec un psy, l’arrêt des traitements de fond et pourquoi pas un mieux-être général dans ma tête ont fait que ça s’arrange et que ça peut encore continuer de s’arranger. Mais il m’arrive encore d’avoir quelques crises bien senties. Cela dit, j’ai quand même des maux de tête plus ou moins réguliers mais je pense que mon cerveau a gardé la mémoire de ces crises à répétition et que parfois, il doit hésiter entre le simple mal de tête et une migraine. Pour oublier la seconde, finalement. Et voici que depuis quelques temps, il m’est arrivé de constater que sur le plan olfactif, alors que je me croyais plus ou moins guéri, ça recommence de plus en plus souvent. Ces odeurs de parfum… ces odeurs synthétiques…

Déjà, dans les vestiaires de la salle de gym, je pense qu’on devrait interdire les déodorants en spray dont certains mecs s’aspergent à la fois sur eux et bien autour d’eux, de bien trop nombreuses pressions, quitte à rendre les autres, c’est-à-dire moi, malade. Et mon patron, mon nouveau directeur, avec son parfum très présent (il doit user un flacon par semaine), sait-il seulement que ça peut physiologiquement déranger des employés (c’est-à-dire moi) ? En tout cas, maintenant que je sais que les zones du cerveau stimulées par les odeurs sont très proches de celles des émotions, ce qui peut conduire dans certains cas (c’est-à-dire moi) à une stimulation du nerf trijumeau, conduisant ainsi à une inflammation et donc à une migraine. Ces odeurs peuvent aussi rétrécir les vaisseaux sanguins, ce qui est un autre facteur déclencheur de migraine. Tout ça, ça s’appelle l’osmophobie. Et même si ce mot n’est pas très beau en lui-même, je suis content de le connaître. Et de me savoir osmophobe.