Dimanche, il pleuvait. Je savais que ça allait être une journée (un peu) particulière. Parce que c’était jour de réception un jour de pluie. Et parce que les invités du jour, je ne les connaissais quasiment pas. Je ne les avais vus qu’une fois et ils ne m’avaient pas laissé un souvenir inoubliable, il y a une vingtaine d’années, de cela. Ce sont des amis du président qu’il n’a pas vus depuis autant de temps que moi. Sauf qu’il les connaît depuis quarante ans. Et ma foi, avec mes parents et le patron, nous sommes restés. Mes parents en tant qu’invités faisant partie de l’appartement et le patron parce qu’il était là et que je pensais m’en faire un allié en cas d’ennui.

Mais avant de commencer la matinée marathon pour finir de préparer tout ce qui ne l’était pas, comme chaque matin, ici, je me suis levé le premier, hier et j’ai vaqué à mes occupations premières : préparer le café, sortir le beurre et les confitures du réfrigérateur, débarrasser le lave-vaisselle mais hier, j’ai échappé à mon rôle de plagiste en terrasse car je ne pouvais pas installer les coussins sur les fauteuils autour de la table, dehors, ni sur le transat, à cause de cette foutue pluie. Alors, j’ai petit déjeuné et j’ai commencé à regarder un peu ce que j’avais reçu comme courriels et je me suis attaqué à mon billet du lendemain.

Compte tenu que je ne voulais pas spécialement voir le ciel et l’océan qui se confondaient, non pas en excuses, mais dans une espèce de grisaille trop matinale et limite déprimante, j’ai tourné le dos au monde extérieur en m’asseyant face à son opposé. Et là, j’ai admiré la vue que j’avais de l’autre côté de la vie : outre la table sur laquelle l’ordinateur portable est posé, j’avais l’armoire buffet pour la vaisselle des propriétaires. Un meuble en bois avec quatre portes et deux tiroirs. Rempli d’assiettes plates, creuses et à dessert et plein de différentes sortes de verres (à pied ou non) et les couverts en argent. Et d’autres accessoires parfois utilitaires pour manger ou présenter des plats.

Sur la gauche du meuble, une table basse du genre guéridon à quatre pieds supportant une lampe qui, pour une fois, dans cet appartement, n’est pas pinpin. Oui, parce que, ici, les suspensions sont toutes dignes de figurer dans un vide-grenier où le mauvais goût côtoierait le tarabiscoté tout en voulant faire croire que c’est beau. Puis, encore à gauche, un radiateur qui passe presque inaperçu, ce qui n’est pas souvent le cas, ici et un énorme miroir au-dessus de lui. Un miroir que j’aime beaucoup car il reflète l’océan et ses marées et j’aime le regarder quand je mange sur la terrasse mais que je ne pas assis face à la plage. Comme une fenêtre ouverte pour m’évader. Plus à gauche, la porte de la cuisine, super équipée et au coin de la pièce, un petit chevet avec un bougeoir. Inintéressants. 

À droite de ce gros meuble : une porte placard derrière laquelle il y a les compteurs et un parapluie. Encore un peu à droite, la porte d’entrée de l’appartement, donnant elle-même sur le palier du troisième étage et l’ascenseur. Il n’y a pas d’autre appartement à ce niveau. Et encore un peu plus à droite : un petit meuble à deux tiroirs et la porte donnant vers les deux chambres d’amis. Et la deuxième salle de bains. Voilà. Mais cette vue me semble toujours un peu limitée. Tant dans les goûts de décoration de l’appartement, pourtant superbe que pour faire marcher mon imaginaire. Alors, je me suis de nouveau retourné et j’ai vu comme un début d’éclaircie. Encore une fois, la preuve qu’il ne faut jamais désespérer ?