En vacances, j’écris toujours un ou deux billets d’avance, quand j’ai un petit moment devant moi pour le faire, tranquillement et/ou quand l’inspiration me vient. C’est pourquoi ça peut sembler bizarre que je parle souvent de l’avant-veille et rarement de la veille dans mon journal sablais de l’année. C’est aussi pourquoi, ce matin, alors que nous sommes samedi, que je vais écrire qu’il pleut, ça ne sera publié que dimanche matin, le lendemain. De quoi déconcerter les plus sensibles de mes rares lecteurs. Mais en même temps, nous sommes tous habitués à ces contretemps dont la télé nous abreuve dans de nombreuses émissions de jeux ou de variétés.

Donc, je disais que j’allais écrire qu’il pleut. Il pleut, en ce samedi matin de septembre automnal. Même pas d’été indien. Je n’ai même pas pu aller sur la terrasse pour prendre un café tout en pianotant sur le clavier de mon ordinateur portable. C’est triste et ennuyeux. Ennuyeux à mourir. Enfin, non, pas tout à fait, ennuyeux à dormir. Et d’ailleurs, ça me fait bâiller. Je bâille non pas aux corneilles car il n’y en a pas, ici, aux Sables d’Olonne mais je bâille aux mouettes et aux cormorans. Je bâille à m’en décrocher la mâchoire. Je bâille en deux dents. À mon corps défendant. Je n’y peux rien, je bâille, je bâille, je bâille.

Du coup, je voudrais faire un point sur le bâillement : il paraît qu’on bâille environ 240 000 fois sans sa vie. Je pense que moi, j’ai déjà atteint cette moyenne car je fais toujours mieux que tout le monde. On dit aussi qu’on bâille dans le ventre de sa mère, ça, je n’en ai aucun souvenir. Et ma mère ne sait pas me le confirmer. Alors, ce matin, je me demande si je bâille d’ennui, parce que j’ai sommeil (alors que j’ai longuement dormi, parce que j’ai faim (alors que je viens de prendre mon petit déjeuner) ou alors parce que j’ai envie ou besoin d’autre chose mais je ne sais pas encore de quoi. Je vais m’analyser pour voir si je peux en savoir plus sur tout ça.

Il paraît aussi que le bâillement n’est contagieux que chez l’homme et chez les primates. Ça n’existe pas chez les autres espèces animales ni chez les espèces végétales. C’est vrai, ça, on n’a jamais vu une carotte bâiller. Ni un chou-fleur. Alors que j’ai quand même quelques doutes sur les chiens ou les chats. Est-on vraiment sûr que ce n’est pas contagieux chez eux ? Si un chien voit bâiller son maître, n’en a-t-il alors pas envie, lui aussi ? Cela dit, les perroquets ne bâillent qu’à une certaine température, sinon, ils s’en foutent de s’ennuyer ou d’avoir faim. Cette non-contagion est valable aussi pour les lézards et les chèvres naines. Ou encore pour les rhododendrons.

Pour celles et ceux qui en ont vite marre de bâiller car ils ne savent pas faire autrement que bâiller plusieurs fois de façon consécutive, il faut savoir qu’on peut faire fortement diminuer cette envie en posant un sac de glaçons sur la tête. La seule chose, c’est quand même de pouvoir le faire n’importe où : dans le tram, en voiture, à pieds, au travail, en faisant du sport mais encore faut-il avoir un sac de glaçons avec soi partout où on va. Ce qui n’est jamais mon cas. En tout cas, samedi matin, pendant que j’attendais que mes parents et le président se lèvent, j’étais là, dans la pièce, dos à la baie vitrée car ça me faisait bâiller de voir ce temps gris et pluvieux.