Chaque matin, ici, comme partout ailleurs, c’est un peu la même chose, l’éternel recommencement, l’éternel retour des choses. Il n’y a pas un matin qui ne ressemble à un autre matin (je parle des matins naturels, pas ceux de la civilisation, pas ceux des hommes), et ce, depuis la nuit des temps. Tous les matins du monde sont les mêmes, que ce soit celui d’aujourd’hui ou ceux, passés, du Moyen-Âge ou ceux, à venir, du vingt-deuxième siècle. Tous les matins se ressemblent. Pour ceux qui ne savent pas voir les choses de près. Pour ceux qui survolent la vie. Qui préfèrent allumer la télé dès leur réveil, même en vacances ou consulter leur téléphone ou leur tablette, même en vacances aussi et qui passent à côté de la vraie vie. À côté des véritables matins. Ceux qui sont si beaux à observer. Ceux qui demandent à un peu de temps pour les voir et les apprécier.

Ce matin, tiens, par exemple, je me suis levé tard, pour une fois : huit heures. Le jour avait déjà bien commencé sa journée de travail a contrario d’hier, où j’étais debout avant lui et où j’ai pu le regarder se préparer. Ce matin, donc, je me suis levé, quelques rayons de soleil jouaient déjà aux ombres chinoises avec certains immeubles un peu haut du Remblai et réchauffaient toutes ces mouettes et tous ces goélands qui eux, avaient décidé de se la couler un peu douce. En me levant aussi tard que ça, j’ai l’impression d’avoir raté l’essentiel, le lever du roi soleil et d’avoir raté un épisode même si j’en ai déjà vu tant qu’un de plus ou un de moins, ma foi, ça ne se sent pas tant que ça. Si, justement. Quand il fait aussi beau que ce matin, ne pas avoir assisté à l’apparition de l’astre solaire est un peu frustrant. Mais je m’en remettrai, je ne m’en fais pas pour ça.

Et je disais donc, en début de ce billet, que tous les matins du monde se ressemblent. Non, à y regarder de près, avec patience et plaisir, on voit bien que ce ne sont pas forcément les mêmes oiseaux qu’hier, qui sont sur les rochers en face de moi, là, à gauche de la plage. Que les algues qui sont sur ces roches noires ne sont pas tout à fait disposées de la même façon, un peu comme une coiffure qu’on change chaque jour au gré de ses envies ou du bon vouloir de ses cheveux. Le sable mouillé n’est pas forcément mouillé sur la même surface ni avec autant d’humidité. Déjà, l’eau de l’océan n’est pas au même endroit à la même heure car les marées ne lui permettent jamais de se fixer. Bref, chaque matin est toujours un peu pareil tout en étant aussi différent et chaque soir, au moment du coucher du soleil, c’est la même chose : un spectacle toujours ravissant.