Dimanche après-midi, alors que le temps n’étais pas du tout propice à descendre sur la plage et y rester sans bouger (il faisait froid et les gros nuages gris foncé qui stagnaient sur les Sables n’étaient vraiment pas engageants), au lieu d’aller marcher dans l’eau avec Renée, comme c’était initialement prévu, nous avons préféré rester sur la terre ferme et nous promener sur le Remblai et tant pis s’il y avait la foule des dimanches. Nous étions trois, Renée au milieu du président et moi et nous avons dépassé la Pendule et nous avons pris place en terrasse du Pierrot pour une pause : deux boules de glace pour notre copine, un demi pour le président et un café très allongé alors que j’étais très assis pour moi, avant de repartir dans l’autre sens, dans le sens inverse et revenir chez nous, à notre appartement. Et là, nous avons continué de voir des gens, la majorité des gens qui étaient sur le Remblai, comme à l’aller, avec soit un cornet de glace à la main, soit un cornet de chichis.

Autant dire que quand on voit autant de gens grignoter ainsi, à droite, à gauche, devant et derrière, partout autour de soi, il y a un moment où ça force l’écœurement à un point qui n’est pas loin de celui de non-retour. J’aurais dû les compter, tous ces gens avides de graisses hyper saturées et de sucres diabétisant. En plus de les voir lécher, manger, se goinfrer de la sorte, il y avait les odeurs de gras. De gras sirupeux. Et je ne parle pas que de celui de ces chichis, il y a aussi, celui souvent moins visible des gaufres et comme il n’est pas assez flagrant, justement, combien étaient-ils donc à les manger recouvertes de Nutella ou de chocolat ? Et ceux qui mangeaient des chichis, combien étaient-ils à penser que ce n’était pas assez riche comme ça et qui avaient donc, accroché à leur cornet, un petit gobelet d’une sauce marron foncé dans laquelle ils trempaient le bout de leur friture ? Rien que d’y repenser, j’aime autant ne pas le faire, y repenser.

Tout ça pour se faire un petit plaisir, un dimanche sur le Remblai des Sables. Pour beaucoup de gens, c’est le plaisir de la semaine. Celui de la veille de la reprise du travail. Encore que, nombreux d’entre eux étaient des touristes en vacances : autant de familles avec des enfants, petits ou grands, des bébés et des retraités à la pelle. Et parmi tous ces gens qui s’empiffraient aux yeux du monde, combien de bedaines bien mises en avant comme autant d’étendards fiers d’être exhibés et d’en prendre encore un peu plus ? Chichis, esquimaux, chocolats glacés, gaufres au Nutella, beignets à la confiture… Chichis, esquimaux, chocolats glacés, gaufres au Nutella, beignets à la confiture… Je me souviens, autrefois, sur les plages. Mais là, inutile de le crier sur les toits, il suffit de voir les gens qui bouffent de tout ça pour savoir qu’on peut en acheter tout le long du Remblai. Rien qu’à sentir tout ça, rien qu’à voir tout ça, on comprend que cette entreprise-là ne connaît pas la crise.