Debout depuis un moment, quand j’ai discrètement ouvert un store électrique du séjour, j’ai vu qu’il faisait encore un peu nuit alors que moi, j’avais encore  un peu sommeil mais que je l’avais perdu et donc, il valait mieux me lever pour ne pas perdre mon temps à le chercher dans le lit, toutes lumières éteintes. Et là, je me suis fait un café dosette, une fois n’est pas coutume et j’ai bouquiné, j’ai terminé le roman que j’avais en cours, une trentaine de pages et découvrir un dénouement auquel je ne m’attendais pas et en sortir un peu frustré et stupéfait malgré tout. Et ensuite, je me suis remis devant la baie vitré, à regarder la nuit de coucher avant que le soleil ne prenne le relais, quand il a aura terminé sa toilette, fini de s’habiller et daigné montrer le bout de son nez. Entre les deux, une espèce de moment suspendu où le sombre laisse peu à peu place à des lueurs d’abord faibles puis de plus en plus présentes. J’aime ces instants-là et ma foi, se lever aussi tôt que ça, ne pas avoir son compte de sommeil, c’est largement compensé par la poésie d’un tel spectacle.

Maintenant, je suis toujours face à l'océan mais le jour s’est levé en attendant la vedette qui se fait un peu désirer comme toute star qui se respecte : capricieuse, rutilante, exubérante, parfois. Dans un petit moment, le soleil fera vraiment son apparition et quand je pense que tant de gens n’y prêteront pas plus attention que ça, ça me désole un peu pour eux mais moi, je suis bien décidé à ne pas en perdre une miette. Face à moi, la terrasse sur laquelle je préfère ne pas m’installer à cette heure matinale car il y fait encore bien trop froid, comme souvent, en septembre aux petits jours. Et au-delà de cette grande terrasse, zéro virgule soixante-quatorze kilomètre carré de sable et de rochers, certains de ces derniers étant noirs et encore après, l’immensité de l’océan qui commence peut-être là, peut-être là-bas et surtout, qui n’en finit pas, qui ne peut pas en finir car je n’ai pas assez de grandeur d’âme pour en voir le bout. Pas assez de grandeur tout court mais c’est toujours plus noble de parler de grandeur d’âme. Et moi, je suis tellement petit face à l’océan.

Ce n’est pas toujours zéro virgule soixante-quatorze kilomètre carré de sable qui s’étend devant moi. Parfois, c’est plus. Souvent, c’est moins mais il m’a bien fallu faire une moyenne et la calculer alors que j’étais là, à ne plus pouvoir dormir, à attendre que la vie se réveille, de part et d’autre et quand j’ai fermé le livre que je venais de finir, je n’avais pas forcément envie d’en commencer un autre et je me suis mis à penser. Plutôt que gamberger à je ne sais quel souci en cours, plutôt que réfléchir à tout ce que je dois imaginer, prévoir pour les repas à venir, plutôt que songer à ce sommeil perdu, j’ai préféré faire travailler ma pensée de façon constructive et je me suis demandé sérieusement quelle était la superficie de cette grande plage des Sables d’Olonne. Et j’en suis arrivé à ce résultat qui ne me satisfait qu’à moitié mais je n’ai pas d’autre solution à mon problème. Je me suis débrouillé tout seul et là, maintenant que mon estimation est écrite, les premiers rayons de soleil sont arrivés et commencent à illuminer une partie de la rade. Le spectacle continue. Et me ravit.