Je suppose qu’il doit s’agir d’un toc. J’ai pour habitude de compter beaucoup de choses. Le nombre de pas que je suis censé faire de ci à de là. Cahin-caha. Et le nombre de pas que je fais réellement. Si possible en multiple de nombre impair.

Le nombre de morceaux de légumes que je coupe quand je les ai épluchés, avant de les faire revenir. Comme s’ils étaient déjà partis. Et s’il en manque un morceau, d’après la table de mes lois, j’en reprends un et je le sectionne en deux pour arriver à mes fins. Toujours en nombre impair, sinon, la recette ne peut pas être réussie.

Quand j’attends l’ascenseur, dans le hall de l’immeuble, je compte le nombre de fois où je fais les cents pas mentalement avant qu’il n’arrive au rez-de-chaussée afin que je puisse monter dedans. Et si je ne tombe pas sur un nombre impair, c’est probablement que je ne monterai pas directement au cinquième.

Le nombre de jours qui passent, d’années qui défilent, de minutes qui s’égrènent et de secondes qui passent dans le sablier. Oui je suis capable de compter tout ça mais attention, si on m’interrompt pendant mon décompte, je perds le fil de ma séquence et sans doute celui de ma vie. C’est peut-être pour ça que j’ai pris un coup de vieux, j’ai été dérangé, l’autre fois et j’ai dû sauter des dizaines voire des centaines. Pour ne pas dire des milliers.

Et le jour de ma dernière seconde, je pourrai dire, fièrement : le compte est bon. Mais pourvu que le résultat soit impair, sinon, je suis capable de tout recommencer. Et là, je ne sais pas si je m’en sens le courage.