Avec tout ça, j’avais complètement oublié que j’étais bientôt en vacances, dans deux semaines, ce sera mon premier matin à prendre mon petit déjeuner face à la mer, sur la terrasse (sauf si le temps ne le permet pas) en regardant le jour se lever car je me lève souvent avant lui même quand je ne travaille pas. Nous aurons tout rangé la veille : nos affaires, les courses faites l’après-midi de la veille et nous pourrons commencer deux semaines ailleurs, dans un endroit que nous connaissons bien mais qui reste exotique pour nous : un immense appartement très fonctionnel avec une très grande terrasse sur laquelle nous pouvons prendre des repas jusqu’à 8 ou 10 personnes et surtout, surtout, la plage en dessous, juste la rue à traverser et la mer. Je dis la mer mais c’est de l’océan dont il est question. Car je suis un gars de l’océan, moi. Né dans le Poitou, j’ai toujours passé mes vacances sur la côte Atlantique, quand j’étais enfant et je suis habitué aux marées et à l’odeur de l’océan. La mer comme la Méditerranée, oui, c’est beau mais ça n’est pas aussi beau.

Quand nous allons aux Sables d’Olonne, ville agréable mais qui n’est pas la plus belle de la côte, c’est pour trois raisons : nous y avons des amis dont Renée, mes parents et quelques amis de Bordeaux peuvent venir nous y retrouver et nous apprécions la plage, grande, sauf les jours de marées trop hautes où elle disparaît deux fois par jour à vue d’œil. Mais un jour, quand certains ne seront plus là, quand eux aussi seront partis, continuerai-je à y aller chaque année comme je le fais depuis un certain temps ? Je ne sais pas répondre à cette question à cet instant précis. Mais une chose est sûre, me poser aux Sables une fois par an, pour deux semaines, actuellement, ça me va parce que l’appartement que nous prenons me convient et il sera toujours temps d’envisager autre chose quand le moment de le faire sera venu. Et je peux y aller comme ça, tous les ans, en septembre parce que je découvre d’autres pays ou d’autres villes au printemps, chaque année aussi. La ligne d’horizon de l’océan vue de la terrasse des Sables n’est pas la seule ligne d’horizon de ma vie.

En tout cas, cette année, nous ne partons que le 5 septembre et compte tenu de tous les événements survenus depuis quelques semaines, je dois reconnaître que pour l’instant, mes vacances ne sont qu’une vue de l’esprit. Quelque chose d’abstrait. Et pourtant, ce n’est pas faute de commencer à faire des listes de courses, des listes de ce qu’il faut prévoir à emporter. Mais comment dire ? Je ne suis pas encore dedans. Je suis toujours dans cette espèce de tourbillon de choses accaparantes : le boulot, avec le directeur qui s’est cassé du jour au lendemain comme un simple employé capricieux ; un ami qui vient de partir tout aussi brutalement mais là, ce n’est pas la même chose, on ne lui en veut pas même si on ne comprend pas ; la vente du domaine de Dorimont, à Talence et le fait de ne pas avoir pu vraiment aider le patron à tout débarrasser à cause de ma convalescence, en juin, juillet ; la canicule que je n’ai pas aimée, encore une fois, bref, je n’avais pas la tête à ça. Mais là, je vais me ressaisir. Et je vais me mettre dedans. Débuter un processus de mise en conditions.