Oui, je sais. Ça ne se dit pas mais j’avais envie de le dire quand même. Parce que c’est aussi comme ça qu’une langue évolue. Et quand je parle de langue, je parle du langage et non pas de cette espèce d’organe qui nous sert à plein de choses mais pas à permettre de communiquer que ce soit de façon orale comme écrite. Même si la communication orale pourrait être définie comme buccale, ce qui nous rapprocherait sensiblement de la zone dont il n’est pas question ici. Suis-je clair ?

Nonobstant, c’est forcément par la rue qu’une langue évolue le plus. Le langage du peuple fait sans doute beaucoup plus que celui des élites, fussent-elles académiciennes en habit vert avec épée de Damoclès au-dessus de leurs neurones ou du même acabit. Parce que la rue invente des mots et sait trouver parfois le mot juste qui manquait pour définir quelque chose ou quelqu’un. Un geste, une action. Et moi, j’aime ça, le langage de la rue quand il s’approprie une langue pour la faire vivre et virevolter dans l’air du temps.

Et parfois, même si ça frise le comique, n’en déplaise aux esprits en forme de peau de chagrin, c’est aussi par le rire que nous avons des chances de nous en sortir. Au sujet de ces néologismes rigolos, il en est un que j’avais tellement apprécié que je me l’étais fait mien, en d’autres temps, temps d’autres mœurs, et c’était capillotracté. Je trouve ce mot extraordinaire d’invention et de drôlerie. Et tellement plus original que le très usagé : « tiré par les cheveux… »

Autant vous dire que c’est assez difficile à inventer, un mot comme celui-ci. En trouver un qui soit pertinent et drôle. Voire utile. Joindre l’utile à l’agréable tout en conservant une justesse qui n’a sans doute pas son égale dans les autres langues, puisqu’on dit que la nôtre, est une des plus riches. Et là, je viens de repenser à quelque chose qui me plaît bien aussi. Même si je trouve ça plus difficile à caser dans une conversation.

Il s’agit de clindoculaire. Ce qui pourrait être dit à propos de certaines connivences. Suivez mon regard, ouvrez l’œil et le bon et vous comprendrez alors ce que ça signifie, une connivence clindoculaire. Ou une marque clindoculaire. Parce qu’alors, vous m’aurez vu vous faire une œillade et ce clin d’œil, ça me plaît de l’imaginer transformé en un adjectif de bon aloi. Avec des sonorités plutôt plaisantes et ma foi, si on y regarde de très près, il devient un mot complice, comme un signe de reconnaissance.