Compte tenu que le président vient d’avoir soixante-dix ans, il a droit à un certain abattement des charges patronales. C’est pourquoi nous avons changé notre fusil d’épaule et que nous cherchons à recruter une femme (ou un homme) de ménage, toujours pour deux fois deux heures par semaine et directement de particulier à particulier, sans passer par un organisme ni une société qui vous propose quelqu’un, comme nous avions jusque-là mais ça coûte beaucoup plus cher et comme nous payons l’entreprise et non l’employé(e), nous ne pouvons prétendre à l’abattement en question. Et cette recherche de personnel d’entretien, jusqu’à présent, si ça me procure un abattement, ce n’est pas pour les charges patronales.

Alors, vendredi, une fois les deux jeunes lyonnais partis depuis le matin et une fois mes courses pour le week-end terminées, je me suis mis à faire un peu la poussière en me rappelant que j’avais bien fait les papiers pour être incinéré et j’ai passé l’aspirateur un peu partout avant de terminer par un coup de serpillère à quatre pattes dans la cuisine. Une fois ce petit ménage de circonstances achevé, j’étais satisfait de moi-même et j’ai vaguement pensé à m’augmenter. Et je me suis attelé au repassage, environ une heure supplémentaire. Et je me suis demandé si ça aurait un intérêt que le président me paye en me déclarant afin de bénéficier de l’abattement des charges et de la réduction d’impôt ou s’il valait mieux qu’il me paye de la main à la main.

Du coup, je me suis mis à penser tout en faisant une manche courte de tee-shirt bon marché qui avait bien tourné et qui était impossible à repasser correctement. Je me suis mis à calculer. J’étais très bon en calcul mental, quand j’étais écolier. J’ai encore quelques restes. Je me suis mis à tirer des plans sur la comète. Je me suis mis à cogiter, à gamberger, à chiffrer, à méditer, à évaluer, à spéculer, à supputer, à concevoir, à imaginer, à compter, à combiner, à considérer, à projeter et ainsi de suite jusqu’à ce que j’aboutisse à la conclusion suivante : au lieu de faire le ménage, comme je suis plus cérébral que manuel, je vais proposer au président de m’embaucher comme homme de méninges et il pourra ainsi bénéficier de l’abattement des charges patronales promises par la loi en vigueur.