Pour ceux qui n’auront pas compris le titre, je vais l’expliquer à demi-mots tout de suite en vous disant qu’il y a des jours à se lever à l’envers. Et c’est ce qui m’est arrivé ce matin, à 3h55 quand ce fut l’heure officielle de me sortir de ma torpeur encore très ensommeillée et qu’il a fallu mettre d’abord un pied par terre, le droit (car je dors du côté droit du lit) et ensuite le gauche. Et non pas l’inverse, sinon, ce serait vraiment trop casse-gueule. Et dès le réveil, je n’aime pas faire des galipettes comme si je me présentais sur la scène du plus grand cabaret du monde. Et tout en faisant cet exercice difficile que de se mettre debout quand on n’en pas plus envie que ça, je me disais que non, je n’avais vraiment pas envie de ça. Mais qu’il le fallait. Parce que sinon, ça ne serait pas bien et qu’il m’aurait été trop difficile de me faire porter pâle alors que mon binôme est réquisitionné pour faire les nuits et que Chibrette est en vacances pour deux semaines. Bref, je me suis levé et j’y suis allé.

Se lever à l’envers, ça veut dire aussi qu’on n’a pas envie d’aller jusqu’au garage pour prendre la voiture, ni même de la conduire jusqu’au travail : sortir du cœur de ville, traverser la Garonne, s’enfiler toute l’avenue Thiers sur la rive droite, grimper la côte de la Buttinière et ensuite, tourner à gauche vers Lormont et s’arrêter rue du courant afin de poser la voiture sur le parking destiné aux employés et enfin, d’entrer dans les locaux en étant un peu pris au nez comme chaque matin car quand on arrive de son sommeil, le poisson, comme ça, pour débuter la journée, ce n’est pas très ragoûtant. Alors donc, ça n’aide pas à se sentir bien et la sensation de s’être levé à l’envers est loin de s’atténuer. Aucune circonstance atténuante. On fait avec. Et on fait sans. Sans motivation profonde mais avec celle des apparences. Donner le change. Faire croire que. Se convaincre que. Et se dire que ça ne va pas durer plus sept ou huit heures et qu’il faut tenir parce que quoiqu’il arrive, il faut passer par là. On n’échappe pas à son destin.

Je m’imagine me lever encore plus à l’envers : me lever carrément à reculons. Sortir du lit sur le dos et par les mains. En laissant mes jambes et mes pieds sous la couette qui me tend ses bras et qui me tente, qui cherche à me faire succomber aux démons de la paresse et de la fainéantise réunies. Et ensuite, aller faire pipi la tête en bas, prendre la douche dans une bassine d’eau posée par terre et en faire jaillir un geyser pour me laver. Et me rendre au garage en marche arrière, la même marche arrière que je ferai avenue Thiers (avenue Sreiht ?) comme si je revenais de Lormont pour revenir chez moi. Mais alors ? Mais alors, est-ce que ça ne serait pas plutôt me retrouver sur le chemin du retour, tout simplement ? En tout cas, plutôt que me lever à l’envers, je me demande si je ne préférerais pas avoir la gueule de bois. Car au moins, ça voudrait dire que j’aurais pu prendre du plaisir à boire avant. À boire pour oublier que certains matins, il faut se lever vaille que vaille et contre son propre gré.