Oh, comme c’est joli, ici. Je n’y étais jamais venu. Et pourtant, je l’ai souvent traversée, cette forêt. Mais là, quand je pense que c’est en suivant les traces de qui doit être une biche que j’ai fini par arriver dans cette merveilleuse clairière… Ici, tout est beau. C’est si beau que c’est même encore mieux que ça, c’est très beau. On se croirait presque dans une publicité à la télévision. Oui, dans une publicité qui montrerait une jolie clairière au cœur d’une magnifique forêt.

L’herbe est d’un vert, le plus beau vert qui ne m’ait jamais été donné d’admirer. Elle semble si douce que j’ai choisi de continuer de marcher pieds nus et c’est un pur moment de bonheur que de fouler autant de douceur. Cette herbe est si tendre, tendre mais pas fragile, elle se redresse aussitôt après chacun de mes pas et le tapis qu’elle forme ne s’abîme jamais d’aucun passage.

Et ce ciel !… D’un bleu tellement azur qu’on se croirait dans un poème d’amour. Un poème de Paul Valéry. J’ai de la chance, il fait très, très beau sans qu’il fasse trop chaud. C’est amusant, d’ailleurs, cette impression nouvelle d’être sous un soleil plein mais pas accablant. Et là, tous ces oiseaux qui volent en V. Non. Même pas. Ils volent en représentant des ailes d’oiseau en mouvement. C’est à la fois magique et très beau.

Ah tiens, une biche. Sans doute celle qui avait laissé des traces dans le sentier qui m’a mené jusqu’ici. Elle est à moins de cent mètres de moi, avec un petit faon, le sien, assurément. Oh, et puis là, tous ces petits lapins ! Comme ils sont rigolos à courir et à sauter partout. Comme ils vont vite ! Comme ils sautent haut ! Qu’ils sont drôles ! On dirait qu’ils attendent quelque chose… Ah moins que… non, quand même pas… c’est moi qu’ils semblent attendre ? Seraient-ils en train de me montrer un chemin ? Le chemin ?

Je les suis, toujours très amusé de les voir gambader de la sorte. Et je me retrouve de nouveau dans la forêt, mais la clarté qui me précède m’indique une nouvelle clairière, sans doute. Il fait très doux, sous les arbres. L’air est comme une caresse, je me sens comme loin de tout ce qui est négatif. Je rencontre plein d’animaux et le fait d’en voir autant, ça les rend extraordinaires : des biches, des faons, des écureuils, des hérissons, des lapins, des mulots, des marcassins… tous en harmonie comme dans les dessins animés. Chacun d’eux est occupé à sa propre vie sans faire attention à moi. Pourtant si près d’eux.

Je continue de suivre les petits lapins joyeux. Je viens de les compter, ils sont sept. La forêt s’éclaircit de plus en plus et j’aperçois une rivière. Je m’en approche. Jusqu’à son bord. La rivière est belle, bordée, en face, de jeunes roseaux et autour de moi, d’une multitude de fleurs parfumées. Et quand je lève un peu la tête, à portée de main, il y a des fruits rebondis et brillants qui pendent au bout des branches de quelques arbres protecteurs. Ce n’est pas l’envie qui me manque de cueillir un abricot, si beau mais non, tout à l’heure.

Pour l’instant, mon œil est attiré par les roseaux de l’autre rive. J’hésite. Toutes ces profusions de couleurs, d’odeurs et de sons harmonieux me donnent un appétit de vivre comme jamais. Mais l’eau m’attire. L’eau et ce gros buisson d’élégants jeunes roseaux, à quelques mètres de moi. Je choisis de pénétrer dans la rivière et de me diriger vers eux. L’eau est douce, agréable, sensuelle aussi. Elle est un enchantement comme rarement. Et c’est quand je ne suis plus qu’à quelques centimètres des roseaux que je comprends que je n’aurais jamais, mais jamais dû suivre ces sept petits lapins…