Je vous le jure comme si c’était vrai. Et vous pouvez me croire, je ne suis pas du genre à raconter des salades, moi. Tout ce que je dis et tout ce que j’écris, je le sais et ça suffit pour justifier que ça existe. Tiens, par exemple, rien que dans l’immeuble dans lequel je réside, il y a deux médecins dont un. Oui, tout à fait. Dont un. Un qui s’appelle Malade. Si, si. Docteur Malade. Faut le voir pour le croire. Et surtout avoir envie d’aller le consulter. Parce que si ça se trouve, il est lui-même contagieux.

Et aussi, tiens encore, pas plus loin qu’au bout de la rue. Parce que je vous le jure, vous pouvez me croire, encore une fois, il y a un bout au bout de la rue. Si, si. Eh bien, il y a quelqu’un qui est une espèce en voie de disparition : un cordonnier. Et savez-vous seulement comment il s’appelle ? Je vous le donne en mille, Émile : Malchausser. Monsieur le cordonnier Malchausser. Bien sûr, je vois bien qu’un doute vous habite et que vous pensez que je vous fais marcher. Mais non. 

J’en ai connu d’autres, des gens qui avaient des noms originaux pour ne pas dire ridicules. Mais j’aime encore mieux quand c’est associable avec le métier ou une activité qu’ils pratiquent. C’est plus drôle, non ? Attendez, j’en avais noté encore deux ou trois. Le temps que je les retrouve et je vous les narre. Par le début. Ah si, j’ai failli l’oublier, celui-ci, un des adhérents de Monsieur le Président, membre de la F.F.D. : monsieur De Klacquette, un belge, chorégraphe de son état. Et danseur, de surcroît. Danseur de Klacquette.

Et celui-ci, encore plus drôle car il fait coup double. C’est le fils Daufice. Déjà, rien que ça, c’est rigolo. En tout cas, moi, cette allitération me fait rire. Eh bien, le fils Daufice, qui n’a pas voulu suivre la voie de ses parents, avocats de renom sur Bordeaux, je le connais bien, le rejeton qui n’a pas si bien tourné que ça puisqu’il bosse chez mon ex-patronne au rayon traiteur de la poissonnerie, il est commis de cuisine. Parce que ma patronne, elle vend aussi des plats cuisinés maison. Et c’est lui, le fils Daufice qui s’en charge. C’est le commis Daufice.

Enfin, pour terminer sur une note en forme de madeleine de Proust. Quand je vais en Vendée, au moins une fois par an, j’aime bien m’arrêter au moulin de Rairé. Un moulin bien restauré qui est tenu par un descendant des Tudor, dit-on dans le village. Mais sans doute n’est-ce qu’un clin d’œil au gag que représente la fonction du dit gardien et son nom de famille. Il se nomme Tudorre. Et combien de fois n’ai-je entendu fredonner : « Eh meunier Tudorre ! » et à chaque fois, je me dis que je suis vraiment trop fort. Parce que je sais que certains m’auront cru, tout au long de la lecture de ce billet.