Ce n’est qu’un au-revoiiiir… Bouh, que c’est triste de chanter ce truc-là. Et pourtant c’est quasiment incontournable. Surtout quand quelqu’un s’en va comme ce fut le cas, ce matin, au travail. Un de mes collègues préférés, sans doute mon collègue préféré, Frank est parti après cinq ou six ans de vie professionnelle partagée en (très) bons termes. Justement, il y a mis un terme. Et moi, je n’aime pas les termes qui ont lieu un 17 juillet. Je n’aime plus les 17 juillet car si c’est le jour où quelqu’un que j’aime bien s’en va, ça devient un jour triste. Malgré le soleil. Et cette tristesse me rend le cœur un peu sec. À moins qu’il ne s’agisse de la chaleur excessive… allez savoir, je cache bien mes sentiments.

Ce n’est qu’un au-revoiiiir… Heureusement, je sais que nous nous reverrons, mon frère, oui que nous nous reverrons et c’est bien pour ça que ce n’est qu’un au-revoir et pas un adieu. De toute façon, mon athéisme et religion laïque m’interdisent de te confier à Dieu. À aucun Dieu. Donc, je te livre à toi-même en espérant que tu ne m’oublieras pas. Tout comme moi, je ne t’oublierai pas. Tu fais partie des gens qui ont compté pour moi et donc, qui comptent toujours. Et comme les bons comptes font les bons amis, je te propose de continuer sur cette même lancée. Et de nous voir de temps en temps pour faire le point sur notre amitié. Et prévoir d’autres rencontres.

Ce n’est qu’un au-revoiiiir… j’aurais pu te le chanter mais si je me mets à chanter ça, tu peux être sûr, mon frère, que je vais me mettre à pleurer. Tu sais, cette émotion trop forte qui nous étreint parfois. On sent qu’on a le menton qui tremble un peu. La voix qui commence à chevroter. Une boule qui grossit dans la gorge : une hernie émotionnelle. Du mal à déglutir tout en essayant de continuer de chanter. Et soudain, la voix se brise comme un verre qui tombe au sol. Et le chant se casse tout autant. Et on tente désespérément de réfréner ces deux larmes qui surgissent à la commissure des yeux. Alors, on hésite : se lâcher ou se cacher. Moi, je t’ai fait deux bises sans chanter. Je n’ai pris aucun risque.