C’est encore elle, c’est toujours elle. Elle, qui pointe le bout de son nez, le bout de son tison pour nous en marquer comme on marque le bétail au fer rouge. Elle est revenue, elle est presque là, la canicule, cette chienne en chaleur, celle qui voudrait nous en faire profiter contre notre gré. Celle qui nous viole de ses ruts intempestifs et parfois de longue durée. Cette nymphomane des phénomènes météorologiques. Celle qui ferait bien de se faire soigner pour nous foutre un peu la paix et nous laisser respirer. Celle qui fait suer le burnous. Et qui nous fait monter nos températures de façon démesurée. Qu’elle parte là où on pourrait éventuellement avoir besoin d’elle.

C’est vrai ça, je ne sais pas moi, mais elle pourrait aller se faire voir ailleurs, cette chaudasse. Elle a le feu au cul et ce n’est pas une raison pour nous le mettre dans le sang. Elle me fait aussi bouillir d’agacement, dans le meilleur des cas et d’énervement maximum dans le pire. Elle n’a qu’à aller se faire voir sur Pluton, puisque maintenant, on est capable de s’en approcher au point de presque y mettre une patte de sonde spatiale. Elle n’a qu’à aller réchauffer les plutoniens, s’ils existent, comme l’Auvergnat dans la chanson de Brassens. Leur réchauffer le cœur. S’ils en ont un. Parce que l’on ne sait pas à quoi ils ressemblent, ces plutonaires. Ces gens de si loin.

Elle n’a qu’à aller se faire voir dans des contrées peu habituées aux étés torrides histoire de leur montrer à quoi leurs habitants échappent. Elle n’a qu’à aller s’installer définitivement et exclusivement dans les pays qui servent de nids aux pires de tous les terroristes. Qu’ils brûlent aux feux de la canicule comme d’autres, bien avant eux, à ceux de l’enfer. Elle est annoncée pour ce soir, pendant deux ou trois jours. Je n’ai pas envie de la recevoir chez moi. Je n’ai pas envie de la voir. Je vais lui fermer ma porte au nez et fermer les fenêtres pour qu’elle ne puisse pas voir que je suis là. Et je ferai silence. Je l’ignorerai du peu de superbe que je peux encore avoir. Je ferai le mort.